—De la mort de l’horizontalité sur twitch.tv (élitisme en vain part 2.1)

 
Ce post de MV, sur son futur dans le “streaming”, signe la mort défintive de la hype autour du stream jeux vidéo : elle est devenue, comme annoncée, un objet commun de consommation/production sur internet où l’on ignorera poliment les arrivismes lambda.

Si le cas personnel et les tourments de MV (qui passe son temps à s’excuser d’être un bon gars) ne m’intéresse pas plus que ça, j’ouvre quand même une réflexion sur la mort constante de l’horizontalité dans le parlé jeux video. Hier, comme tous les jours en ce moment, j’ai vu ce tweet du genre “ce soir, si t’es pas footeux, notre journaliste stream du TESO ici”.

Déjà j’aime le foot. Déjà j’aime aussi les MMO. Déjà qu’est ce que j’en ai à foutre que machin joue à elder scolls online. Moi aussi j’y joue avec ma guilde, toi aussi tu peux y jouer : le jeu est disponible. Qu’apporte ce gars de plus que le healer de ma guilde ou que ma petite soeur (qui a un avis pertinent et un éclairage décalé et avancé sur ce MMORPG) ? Thierry Falcoz de nolife dira comme il le martelait pour se justifier du doritos gate : “son expertise journalistique et la capacité de discernement” au delà du modèle économique bizarre de la presse jv où le jeu critiqué est celui qui habille le reste du site/de l’émission/du journal/du stream. Et si, au fond, dans tous les domaines on se battait les couilles de l’expertise ? Et si on préférait n’avoir que l’expertise de son daron dont on sait toute sa mauvaise foi et sa part d’exagération, ces derniers traits nous permettant de forger notre propre opinion. Cette foi aveugle dans l’opiniatreté fermée de mon daron, de ma femme, de mon chef de guilde, de ma petite soeur etc. : on est obligé de la chercher chez l’expert qui passera son temps à se justifier de sa neutralité et de sa vraie expertise intègre d’expert intègre de l’intégrité.

Au lieu de perdre du temps, et cela peut paraitre poujadiste, il faut refuser l’expertise. Il faut donner sa chance au hasard, donner sa chance à la sortie de joyaux de la montagne de fange qu’est le “réseau”.

Depuis que l’expertise a tué les “early adopter” sur twitter, plus rien n’est sorti de ce réseau sauf des blagues de la #teamtoussaint et j’sais pas quoi d’un spectacle médiatique ennuyant. Il se passe la même chose sur twitch : il n’y aura plus aucun MV.

L’époque du streaming où la notoriété venait de la base qui avait besoin de s’exprimer est révolue et la place va être prise par des “pions médiatiques” qui vont tenter ce recapter l’attention qu’ils perdent constamment. Une verticalité immobile va se recréer là où tous nos espoirs d’horizontalité et d’élitisme sans but, en vain, étaient posés. Sur leur temps libre, ces pions “passionés” essaieront, en mimant une proximité et une amicalité, de rappatrier le peu de notoriété obtenu sur le news site de leur employeur.

Ce genre d’autopromo va commencer à pululer “Après ma semaine de stream sur JEURANDOM, retrouvez mon test demain sur NEWSSITERANDOM”. Pas de panique, les annonceurs sont contents. Ils n’ont d’ailleurs même pas compris le truc : ils paient désormais deux fois les même gars, d’abord sur twitch, ensuite sur le news site, et le tout sans ROI sûr et impact marquant sur les ventes.

Et nous? on va se retrouver sur un autre réseau rapidos.


—Superplay, speedrun, 1cc : du caritatif au trust des conventions ? – L’élitisme en vain (part3)

L’élitisme en vain est un long récit, à la fois ethnologique, passioné et insultant, sur la façon de jouer et d’appréhender les jeux vidéo (erratum juillet 2013 : ET DE PLATEAU) pour un snob en 2013. Lire ici la part1. Lire ici la part2.

TL;DR ? Les “teams superplay” s’organisent pour sauver les conventions des cosplay Naruto/FFXIV et du manque de spectacle, en faisant mine de ne pas être au courant.

Dans les films marquants de mon enfance, il y a “Toto le héros” (sur l’amour incestueux et l’enfance volée par la mort tragique de sa sœur) et il y a surtout “The Wizard” (VideoKid en France) qui raconte l’histoire d’un gamin, lui aussi traumatisé par la mort tragique de sa sœur, participant à des concours de jeux vidéo dans l’Amérique profonde. La scène finale est d’ailleurs une “race” (une course) improbable sur Super Mario Bros 3 (de Nintendo) où l’enfant découvre les flûtes magiques sans n’avoir jamais vu le jeu de sa vie. Le studio Universal, avec l’accord de Nintendo et donnant une vision romantique de la “warp zone”, ne se doutait pas qu’en fait on était tous punk et qu’au fond tes flûtes on n’en pas besoin car on ira profiter d’une texture que ton développeur n’avait pas prévu après avoir limé la croix directionnelle de nos manettes pour fluidifier les mouvements. Fdp de studios. Glitch power.


The Wizard (VideoKid) – La finale du tournoi… par Lakun

Guillemet Bizarrement guillemet ; jusqu’ici dans mon récit de cette élite du jeux dont tout le monde s’en bat : il n’y a très peu de meuf, dans les films ce sont des soeurs mortes, dans la vie quelques pixels sur xhamster qui se font ramoner – juste pour info, on verra ça plus tard. Guillemet Heureusement guillemet, il n’y a que des handicapés de la vie qui ont redécouvert l’humanité en claquant des jumps sur des lieux qu’une machine n’a pas le temps de calculer. L’imaginaire du superplay c’est ça, 3 péons qui vont plus vite qu’une calculette, 2 autres copycats qui volent les tricks et les améliorent grâce à leur capacité d’exécution métronomique et 100 autres qui vont regarder cela quotidiennement sur twitch.tv (cf part2 – gaming selfie : vivre le je video).

Ce week end (de fin juillet 2013), s’est déroulé une grande messe du speedrun U.S. nommée sobrement : summer games done quick. L’idée est de claquer un marathon, jour et nuit, de speedruns en live sur les interwebs et de récolter des dons (plus de 250k$ récoltés) pour médecins sans frontières. Contre un don quelques lots sont offerts ou la possibilité d’une dédicace dans le nom du perso (dans FFIV ou zelda par exemple) ou du choix d’un vêtement (souvent ridicule) pour le runner. Cet événement est organisé par la Speed Demo Archive qui centralise une communauté, globalement anglophone, adepte du viol de cartouches et autres softwares par gens pressés mais, paradoxalement, assez patients pour se retaper 8000 fois un fail/un glitch/des rage reset. On a pu suivre ça en France grâce à l’action combinée du nesblog (specialistes de la vulgarisation et médiatisation des Tool assisted speedrun ou live speedrun) et de MisterMV (speedruner essentiellement sur FFVI/Super Meatboy et streamer “entertainer”) qui se sont relayés en marathon avec d’autres casters : juste pour le fun.

Nerds

Si vous n’en avez pas entendu parler c’est normal. Dans la presse spécialisée très peu d’écho, quelques blogs niches ont forcément relayé (dont le podcast shmup.com écouté par dix personnes dont moi trois fois) et pas besoin d’en trop demander à la presse généraliste faussement concernée, faussement nerds (inrocks ou ecrans.fr) qui en parleront dans 25 ans avec une approche un peu socio, lol et particulièrement chiante. Peut être que la chaîne nolife l’évoquera quand ils auront 5 minutes (plutôt 5€ krkrkr) via un Extra Life ou un Superplay spécial entre deux titres jpops éreintants. Pourtant, cocorico, la France, a su se montrer grâce à un restream en “simulcast” complet et commenté mais aussi par l’intermédiaire de dons ciblés qui ont permis de “queneller” – pour reprendre l’expression de la communauté qui nous permet de lui certifier une velléité souterraine & white trash ; certains défis comme renommer un dresseur Pokémon ou faire jouer le speedrun de Gta Vice City le jeu réglé en Français. Cette mobilisation française était unique dans le monde preuve de notre capacité d’organisation sur des projets de niche, preuve aussi de notre capacité à tout réaliser, en tant que public lambda, pour ne pas faire l’effort d’écouter trois ricains lire des tweets de dons, faire des blagues hormonalement dégénérescentes ou expliquer comment on skip une cutscene sur Zelda: Twilight Princess selon son placement ; tous persuadés que quelqu’un d’autres le fera.

Le succès de SGDQ et la place qu’il a pris sur twitch m’ouvre une réflexion sur la situation du superplaying (dont le speedrun est affilié) dans l’univers du “gaming” en France. Il y a des guerres intestines évidentes dans les jeux vidéo, celles qu’on évoquent le plus facilement sont les guerres de consoles (Nintendo vs Sony vs Microsoft < PC) ou de licences (PES vs FIFA / Watch dogs vs GTAV) mais plus subtilement il existe une véritable rivalité entre progaming & superplaying (dont le speedrunning est affilié) qui ne dit pas son nom. Le caster MisterMV, qui en plus d'officier sur sa chaine twitch a organisé un temps le "speed n'imp" sur Ogaming Tv (webtv essentiellement dédié à l'esport) et aimait à ironiser sur la nécessité, l'obligation même, de tempo le drake middle (un mélange d'expression liée à League of legends), chaque fois que son émission se retrouvait décalé/déprogrammé par un match qui ne veut jamais finir. Cette pique gentillette du bon gars agacé qui s'en fout pourrait paraître anecdotique.

Il faut comprendre que le progaming n’arrivera jamais à dépasser son public niche : émancipé de sa culture “mod” il est devenu un simple outil de communication pour que les éditeurs de jeux vendent des potions de 2px² aux lambdas – 9,99€ – je faisais déjà cette “vanne” dans la part1. Le spectacle proposé par League of Legends, bien que mis en scène comme un match de NFL et dont les acteurs sont des salariés de l’éditeur – une hérésie totale quand on met en avant l’aspect “sport”, est ennuyant aux 5 premières minutes rien qu’avec le choix des personnages et son lot de “pick” / “counter pick” / “ban” et sérieusement je vous invite à mater si vous n’avez aucune idée de la définition du non sens “oh il a pris une énième elfe à poil LE METAGAME EST REDEFINI *applause* *applause*”.

Superplaying & progaming cohabitent encore cordialement mais ils ont des parts de marché inexplorées dans le jeu vidéo spectacle à se disputer rapidement. Et l’avantage est au superplaying : les jeux pratiqués peuvent être ceux de ma petite sœur/de mon enfance (donc connus par toutes les daronnes) ou ceux visuellement compréhensibles en un clin d’œil (comme les patterns exagérés des danmaku CAVE) ou encore les jeux musicaux entraînant (Pop’n Music). Aligner un rush zerg middle tempo b3 à côté d’un super mario world bouclé dans l’heure, pas besoin d’être devin pour savoir où ira le mass public. Par son format ultra accessible, peu onéreux dans sa gestion et sa capacité à amuser, le superplay quitte déjà les actions caritatives et la promotion bénévole “pour le plaisir” et va finir par remplir les plannings de conventions où les organisateurs commencent à comprendre le début de lassitude du public (toujours plus exigeant et zappeur) devant un énième “Marcus joue à Virtua Fighter vs Joueur du Grenier en costume de canard” – attention ne pas voir de hate ici, je suis le premier spectateur de Chez Marcus. Quand ils ne créent pas eux même leur propre convention (cf Stunfest).

Le succés de la #SGDQ2013 a vu une communauté française affronter un sentiment paradoxal : fière de la mobilisation sans précédent et de nouveaux prétendants au “rush”, elle est confrontée à une nouvelle “hate testostéronale” franchouillarde qui leur reproche de ne plus être “assez vrai” et tout ce syndrome de “c’était mieux avant” inhérent à toute une communauté qui commence à s’étendre. J’ai pu le constater sur le canal twitch de la SpeedDemoArchive en faisant le faux naïf “y-a-t il un restream fr?” première réponse : “oui mais tu t’amuseras plus en restant ici”. Dans le même temps, les primo-superplayers sont obligés de constater qu’un lot d’arrivistes tente de prendre les places sans respecter les codes implicites inhérents à l’intégration & progression. Tant est si bien qu’avant même son explosion et sa médiatisation, les superplayers se replient sur eux-même et affrontent une première crise existentielle : faut il se retourner vers la communauté U.S. qui les a accueilli bras ouvert et assume son rôle très américain d’entertainment-wecare-competition s’assurant la modération et le tri des “llamah” ? ou faut-il assumer le nouveau statut et créer la communauté franchouillarde au risque de tuer un peu le superplay qualitativement durant un temps ? Je leur laisse la réponse, car au fond je m’en fous, ce qui m’intéresse ici c’est l’évolution d’une communauté élitiste qui ne sait pas trop quoi faire de son talent et de ses perspectives énormes. Un cas d’école.


—Gaming selfie : vivre le “je” video – L’élitisme en vain (part2)

L’élitisme en vain est un long récit, à la fois ethnologique, passioné et insultant, sur la façon de jouer et d’appréhender les jeux vidéo pour un snob en 2013. Lire ici la part1.

J’ai tellement de trucs à évoquer dans cette histoire d’élitisme en vain qu’il n’y a même plus besoin que je travaille dessus. Je n’ai plus qu’à le gerber et trouver une stagiaire pour nettoyer ça. Je dois avouer : il faudrait que je m’enregistre sous la douche et laisser un podcast là, sans montage ni pression. Sous la douche, tout ce que je sors est cent fois plus pertinent que le ressassé qui a du mal à sortir des brouillons gmail. Ce doit être lié au fait de se décalotter la bite, et peut-être je ne me décalotte pas assez la bite devant le curseur clignotant. Parlons aujourd’hui d’une pratique de consommation du jeux vidéo qui semble émergente, car pas trop pigé par les annonceurs, mais qui anime avec passion les communautés qui la pratique, pour le moment, en vain : le streaming.

Dans son bouquin “Extra Lives – Why video games matter” Tom Bissell part de sa propre expérience sur les jeux video et dit que c’est génial parce qu’on est dedans et qu’on vit les choses vraiment. Et qu’on en parle ensuite avec des copains ou ses enfants, et que c’est addictif. Je résume vite fait, j’ai le bouquin en anglais et je l’ai lu il y a deux ans : un cadeau d’anniv et passé la lecture hâtive je n’ai pas voulu replonger dans cette mélasse. Le bouquin a eu un bon accueil de l’élite snob intellectuel du jeux vidéo parce qu’il “remet les choses à sa place”. Mais Tom ne parle que du jeux vidéo mainstream comme si moi je me lançais, après avoir vu Expendable, dans la défense du cinéma comme support artistique et métaphysique majeur. Seul fait intéressant qui vaut une citation : Tom Bissell se met lui même en scène et raconte, pad à la main, son expérience à la minute sur Fallout 3 par exemple. Avec une fausse naïveté caractéristique. En 2013, une question se pose alors : “Pourquoi t’as pas streamé?” c’est vrai quoi, au lieu de gâcher du papier et nous infliger ta prose : “pourquoi t’as pas streamé?”

Quand je jouais au MMO, la fin du fin de l’égocentrisme était de produire soi-même une petite vidéo “roxor” à partir de séquences de mes sessions de jeu, d’y foutre une bonne musique sur Windows Movie Maker, et de trouver un ftp pour l’uploader afin de la mettre sur le forum JeuxOnLine. Ensuite venait la haine ou l’amour et je rentrais chez moi la vie ratée, lisant ici et là le no skill que j’avais. Ces vidéos n’ont plus aucun sens quand on les revoit, elles nous apprennent rien, ni sur le jeu, ni sur moi – sauf à connaitre ma playlist à 17 ans ; et je vois mal l’archéologue, et encore moins le sociologue, s’attarder sur mon avatar en 360p. J’ai arrêté le MMO le temps de valider un diplôme rapidos, de me marier à la bien, de faire un enfant coolos et quand j’y suis revenu, sur FF XIV 1.0, et qu’on attendait notre “tank” sur le TeamSpeak, je remarquais une activité bizarre.

TeamSpeak est un chat vocal et il permet, pour un donjon par exemple, de se donner les instructions plus rapidement qu’à l’écrit. L’un de nos mages décrivaient avec détail chaque action qu’il entreprenait : « donc là on attend notre tank pour le donjon – alors j’enlève mon stuff et je demande à ce qu’on le répare – et là on fait des “/salute” – FF XIV a pas mal de supers “emote”, elles sont utilisés souvent pour les quêtes et un peu pour le roleplay, comme récemment avec l’ajout de /pray ». Et je lui disais mais qu’est ce tu fous à parler tout seul ? “Je stream notre soirée”. Comment ça ? “Bah j’ai 100 personnes qui regardent et je leur explique ce qu’on va faire”. Donc c’était génial, sur ustream, je me voyais entrain de /wave et des mecs sur le chat disaient “ah trop mignon quand il wave”. Je devenais fou, car j’étais cette fois ci dépassé. Le stream, durant ma “pause” sociale, était réservé aux commentateurs, aux grosses lans, aux évènements. Le débit de nos connexions nous permettait de faire exclusivement de l’audio – de la radio, et on ne pouvait streamer de la vidéo qu’à ces événements riches en bande passante.

L’évolution de nos connexions internet n’a, selon moi, pas suffi à l’explosion du “gaming selfie”. On remarque alors que le streaming “perso” est apparu en même temps que les MMO sont devenus tout pourris, et que les licences cools avaient dépassé les 3 épisodes. L’ennui est devenu la raison du streaming. On se fait tellement chier à jouer, qu’on a décidé de partager cet ennui avec d’autres qui doivent s’ennuyer encore plus que nous. Le mec avait donc 100 personnes qui le suivaient d’un oeil pour voir le boss, ou juste faire des vannes sur le chat et comme on attendait le “tank”, il ne voyait que moi et le décor du jeu. Ce que n’importe qui d’autres pouvaient voir en se connectant tout simplement… au jeu – il était dés lors en “free to play”. 100 personnes étaient donc là à attendre notre attente. Mais ce qui me sidérait le plus, c’était la mise en scène ou à proprement parler la “réalisation” de son stream : un grand espace réservé à la capture de la fenêtre de jeu (gaming), un carré (en haut à droite) reservé à la capture de sa webcam : sa tête (selfie) et un petit rectangle avec des liens vers sa chaine youtube ou son twitter (social).

Mon compagnon faisait d’ailleurs parti d’une team de “streamer” qui proposait comme ça des sessions de jeu aux ennuyés de l’internet. Sa team de streamer allait au delà de la guilde, du roleplay, du jeu, du scénario. Il jouait avant tout pour streamer, moins pour jouer. Ce plaisir du stream dépassait alors le plaisir d’être là : on comprend que ça devient très vite tout et n’importe quoi. Et on se retrouve avec une vidéo où le mec nous dit que là il va sauter sur ce bloc ou peut-être faire cette quête avant celle-ci. Et si il joue comme un sac, il dit “ahaha j’suis un sac” – ou n’importe quels termes de meta-langage lié à son jeu actuel ; et des smileys apparaitront sur le chat au milieu d’emote “/cheer” “/cheer”. Car au sein de ce spectacle de l’ennui, le spectateur cherche à attirer l’attention du streamer, et j’en cherche encore les raisons. D’autres streamers s’essaient d’apporter un angle, de l’humour, de l’ironie-web, mais très vite, rattrapé par le jeu, ils laissent les images parler et font de l’audio ce “euuh” constant du mec qui réfléchit à ce qu’il va dire. Mais si 99% de ce spectacle n’a aucun intérêt, c’est pour les 1% que je suis là. Et à moi, de me souvenir, par exemple, d’une vidéo maintenant supprimée. Un mec sur Modern Warfare 2. Un jeune rebeu qui se présentait comme étant Mustapha. Il faisait des vidéos tuto pour roxer, et un jour, sa dernière vidéo, il racontait sa vie. Commercial chez huis clos, il disait qu’il était crever, qu’il n’avait même pas envie de jouer. Et il faisait le point de sa journée, en live, avec cet air blasé du mec fatigué et à l’écran les kills s’enquillaient, et on voyait, quand il jetait un coup d’oeil à ses stats, avec ce geste réflexe caractéristique du gamer, qu’il défonçait simplement tout le serveur. Ce paradoxe du blasé hautement skillé, de le voir raconter les difficultés de son quotidien en détruisant ses ennemis avec facilité était passionnant et je n’ai pas eu le temps de le contacter qu’il avait déjà delete sa chaine. Si tu me lis Mustapha.

De ustream ils sont maintenant tous sur twitch.tv, qui monopolisent les streams mondiaux et monétisent peu à peu tout ça. Les annonceurs ne se précipitent pas, mais les développeurs et studios l’utilisent déjà comme support de comm’ pour présenter la beta/alpha de leur jeu sans se taper un meeting E3 cher et éreintant.

À l’instar du myspace angle, voici donc le gaming selfie, où l’on ne joue plus pour jouer, pour tater du pad et du clavier, mais pour être vu “en train de”. Aucun exploit réalisé : L’expérience de jeu ne suffit plus à la satisfaction du joueur. Il cherche donc l’ivresse dans une représentation fantasmée de son avatar à travers un spectacle personnel, souvent lié à son profond ennui. L’avatar proposé par le scénario n’est qu’un prétexte pour le joueur, il a beau demander des univers toujours plus profonds, du réalisme, de l’identification, il n’en a au fond rien à foutre, tant qu’il a un jeu à streamer de 21h30 à 00h30. Le streamer, aussi passionné qu’il soit, tue avec sa naïveté l’intérêt du jeux video en le transformant en un spetacle audiovisuelle classique et semi-passif. Il a troqué son plaisir de jeu pour l’animation d’une communauté de 10 chateurs et se complait dans sa cours des doubles circonflexes. C’est affreux dans un sens et il semblerait que cette vision domine maintenant et que pour apprécier les jeux vidéo, il faut se mettre en scène au delà de son avatar et de la volonté des développeurs : non pas pour proposer une vision poussée du jeu, de ses glitchs, mais juste pour se montrer. On a vu récemment que la PS4 propose un bouton share, dont on comprend qu’il sera utilisé pour capter un instantané et le partager à sa “communauté”. Si c’est le cas, ce bouton “share” a déjà un train de retard. Pour s’inscrire dans le présent Sony aurait du lui préférer un “Stream” et ainsi former un réseau informe et inquiétant de joueurs ne cherchant rien d’autres que l’excitation, trop humaine, d’être vu.

Baseball Selfie

Note de fin: Pour être complet sur twitch, cela va de l’évènement progaming à ma petite soeur sur Léa passion mode, en passant par les superplayers ou speedruners en “training”. Je reviendrai sur ces derniers dans un autre article spécifique sur les niches : Au contraire de la majorité des streamers, ces fous furieux arrivent à transcender notre passivité en la remplaçant par de la frustration.


—L’élitisme en vain (part1).

J’avoue un intérêt particulier pour tout ce qui est “fondamentaliste” en vain, particulièrement dans les activités ludiques. Joueurs de mmo “old school” j’appréciais cette époque sans ladder, sans stat public, où l’on réfléchissait à un “meta-gaming” pour… Rien. Même pas une arme qui clignote ou un bracelet rare : cela n’existait tout simplement pas. Arrêter d’entrainer son “skill” (médiocre) à Counter Strike et éviter les “lans” et les “pgm” (progamer) pour aller taper des grenouilles puis des gens dans respectivement EQ et DAoC (dans un niveau tout aussi médiocre) était pour moi l’attitude à la fois la plus punk et hippie de “vrais” gamers. Le jeu en ligne n’était intéressant exclusivement que pour ses interactions sociales et le “flaming” intra communautaire. Il était pur.

Fin 2012-mi 2013, on remarque dans le jeux vidéo un certains retour aux sources et à la “punition” permis par, excusez le gros mot, “le crowd funding” – Finance ou collecte participative. Ce dernier arrive à fédérer une niche autour d’un projet et offre l’utopie ultime du nerd : l’autofinancement de son jeu. Le pouvoir suprême. L’exemple récent du succés de Camelot Unchained sur kickstarter permet de rassurer les investisseurs : on peut produire n’importe quoi sur des promesses, il y aura toujours une armée de cons pour foutre, en moyenne, 70€ dessus et avoir un badge “kikitoudur” sur un forum officiel. Le tout se produit sans aucun risque : même si le jeu est livré tout pourri il suffira de dire que c’est une nouvelle “beta” pour les “backers” qui seront tellement satisfaits d’être VIP qu’ils ne l’ouvriront pas trop. Cette tendance du crowd funding, bien qu’émergeante médiatiquement, a déjà atteint son apogée et il sera bientôt impossible de voir des “petits” projets émergés – la preuve, encore, avec Camelot Unchained qui est un faux petit projet, le créateur Mark Jacobs ayant annoncé qu’il avait déjà un investissement d’environ 2 millions (de sa poche!) sans le kickstarter ; L’apparente atomicité du marché de la “collecte participative” se transforme déjà en façade promotionelle pour blockbusters qui cherchent un “cachet” communautaire. Tout cela commence déjà à puer la merde et la bonne carotte sans qu’on puisse s’en plaindre (nous ne perdons ni gagnons rien dans cette affaire à part se voir infliger Zach Braff) – passons outre les projets à but non commerciaux.

Mais au delà des effets pervers de ce tout crowd funding dans le jeux vidéo, impossible de passer à côté du renouveau du progaming des années 2010. Les guildes “caritatives” de mon “époque”, disons de “Dark Age of Camelot” ont, avec la mainstreamisation du mmo et l’explosion du “moba”, vendu leur communauté à quelques sponsors pour créer des sociétés, qu’ils appellent des structures, cherchant à financer l’activité, ô combien exaltante, de “jouage” de jeux vidéo. C’est le cas de Millenium, ou de WaR Legend, et personne ne se souvient d’eux comme les plus gros “zergueurs” (comprendre : un jeu de masse sans saveur accouplé à de l’arrogance victorieuse) / “chômeurs” (comprendre : chômeurs) des serveurs européens de Dark Age of Camelot. Cette facilité du retournage de veste, d’une communauté saine, désinteressée et débrouillarde à une machine de guerre publicitaire supportant 3 chômeurs longues durées rêvant de Corée et de petites jupettes, semble être inscrit dans l’ADN du progaming et l’on dénonçait déjà tout cela avec Zedeathtouch et, entre autre, sa rubrique des chiottes qui racontait l’envers du décor : une bande de puceau de lan et d’arriviste hype-kikoo à la Monsieur “stop hitting are you crazy? I’m a press guy” Lam – (ce dernier avait subi, lors de l’ESWC en 2003, ce qu’on pourrait appeler la pire agression homophobe/anti liberté de la presse des jeux vidéo, sa version du récit est sans doute ce qui restera de plus fameux dans l’histoire du jeux en ligne et de l’internet Français : « He just hited me on the arm I raised to protect my face. Whereas I was shocked, I sreamed to him “stop hitting are you crazy? I’m a press guy!”. But the guy was drunk and began to prepare another strike. I was trully frightened at that moment. I can take a photo, but I got traces from the hit on my arm. » Les esprits malicieux de Zedeathtouch avaient d’ailleurs bu une dernière vodka à sa santé).

Mais là où les lans étaient, au début des années 2000, le fruit d’une semi-professionalisation de passionnés qui intéressaient quelques marques du milieu et sur laquelle on pouvait déconner grivoisement, elle est devenue aujourd’hui partie intégrante du gameplay proposé par un éditeur. La lan devient le rendez-vous où il faut, bien entendu, se qualifier, gagner son pass ou à défaut le payer pour venir regarder, mais, surtout, gamin tu peux acheter mes potions de “rox” à 2€99 ou ce héros “over-powered” à 9€99, t’auras plus de chances de gagner ;-) . Je ne vais pas vous raconter l’histoire de League Of Legends, fouillez l’internet, mais ce jeu est satan à la fois dans sa conception et sa promotion. D’ailleurs ce n’est pas pour rien qu’un de ses mods se nomme “ARAM”.

Comment redevenir un hippie du gaming en 2013. Je n’ai pas la réponse définitive, mais j’ai décidé, sur mon temps libre, d’infiltrer quelques milieux qui ont pour point commun d’être à la fois très généralistes et commerciaux, tout en étant rationellement inintéressant en rétribution pour les passionnés. L’histoire d’un élitisme en vain.


—Les sentiments robotiques, une playlist.

Mettre en scène des émotions de robot a toujours été mon style musical préféré. Comme un train qui démarre m’émeut toujours plus qu’un bisous, même lycéen à la fin du film tv Disney – mes préférés – avez-vous vu “Lemonade Mouth”, il vont en faire un 2. <3. Le fait qu'il y ait un faux contact sur la carte mère de son jouet robot qui transforme la mélodie de Compère Guilleri en noise - à lire à la française "nwaze", m'émeut presque moins que quand elle se marre à cacaboudin dit et répété inlassablement, avec ses deux dents qui sortent à la Voulzy. Son premier quatre patte pour aller ramasser le laptop de sa mère, je lui dirai qu'elle a appris à marcher sur la grande plage de Biarritz, comme moi mais là ce sera un mensonge, 1/ on ne peut louer qu'à un camping d'Argeles maintenant que nos parents, enfants pourris gâtés, dilapident l'héritage sans aucune notion de décence vis à vis de nos grand-parents, 2/ tout le monde sait qu'elle s'était levée pour allumer la console. Dédicace à tous les robots de France, à tous ces gens qui laissent les jours passés en comptant les minutes, aux horloges émotionnels qui nous habitent. Et merci Jacquie et Michel.

Adult. – hand to phone (cordless mix)
Si tous les modem et routeurs que l’on a utilisé dans nos vies pouvaient témoigner de nos histoires d’amour, ils chanteraient cette chanson en choeur, sur les cd des chansons de noël robotiques. “Wireless christmas”.

Console – 14 zero zero
(Spotify car sur Youtube il n’y a que le remix “club”).
Je pensais sincérement que la pop music ressemblerait à ça en 2013, et j’ai confiance en Bruno Mars pour nous sortir sa version. Le pont et la reprise du synth sur “do you do you do you” a été l’occasion répétée de sauter pied joint dans ma chambre en m’imaginant un hypothétique concert des robots de bercy, sorte de urban peace de la techno d’émotion synthétique, avec toutes les filles dont j’ai été amoureux accrochés au plafond, comme dans les meilleurs bondages, et un esprit vengeur type “Une de tes copines m’a surrement fait souffrir, alors je lâche cette putain de mélodie. Et maintenant tu danses dessus. Ironie de la vie connasse !”, Para One dans le club (All Star remix). Finalement le seul bercy robotique aura été celui des daft, où un gros gars, que je ne connaissais pas, en tee Ed banger m’a dit “oua putain ya busy p et les gens ils captent même pas”. J’ai compris dés lors que la vengeance sur toutes ces rackias à petit sein n’aurait jamais lieu, qu’il fallait surtout tuer “les miens”. Je n’ai pas pu entrer avec une ceinture d’explosif aux 10 ans d’Ed Banger, Abou Zeid pardonne moi.

Towa Tei – CHATR (German version)
Si je me souviens bien le livret de mon cd, CHATR est en fait le sigle d’un logiciel qui synthétise des voix d’enfant juste en tapant un texte voulu. Towa Tei l’utilise ici comme chanteur de bossa nova électronique avec la petite snare jamais de refus. Et ces trompettes victorieuses finales dont je me sens incapable de les savoir synthétique ou réelle tant mon oreille musical n’est qu’un gros coeur d’artichaut sans attache, nourri que par l’aveuglement technoide absolu, ces trompettes je les aime, elles me font marcher plus vite dans la rue. 1998 à cette époque, le label yellow importait ce genre de disque japonais et on aimait tous les pizzicato five (sans savoir pourquoi) et aussi je disais aimer “mighty bop” parce que Bob Sinclar était déjà “too mainstream”.

Alexander Robotnick – Problème d’amour
J’aimerais faire croire que j’ai découvert Robotnick en ayant acheté un obscure vinyl italien white label, dans un emmaüs de banlieue mais ça s’est passé comme tout le monde, sur un cd de Trax entre une itw de miss kittin, the hacker, carretta et toute la bande. Dédicace à tante pony.
Je n’ai compris les paroles que très tard, l’oreille n’étant interessé que par le synthbass un peu dégueu parfait. Au temps de ma découverte, je n’avais aucune idée que l’on pouvait pratiquer l’ironie dans la musique électronique. Je pensais que ce mec là devait être vraiment amoureux comme moi au lycée avec toutes ces filles de la 2nde9 pour faire un refrain mélodieux aussi parfait. “mais l’amour n’a pas de règles / ça reste les mêmes dans les siècles / la nuit je ne ronfle pas / le matin mon haleine n’est pas mauvaise” ce sera mon épitaphe. Pour rester dans la numérologie, ma fille est née un 9.

Kraftwerk – The Robots
Quand mon père me parle de sa carrière à l’armée, c’est rare et comment il recevait les appellés – “des réunionais en short amenant, sans succés, l’été contre l’hiver rude de l’est de la France” et ce qu’il faisait de “ses” sous-off en contrat de 5 ans – “des convoyeurs de fond ou la prison pour avoir cogner sa femme”. J’ai toujours cet air en tête. L’organisation robotique de l’armée, où les bons souvenirs sont dans le grain de sable qui fait péter un peu l’engrenage, le reste n’avait l’air que de l’ennui et de l’attente entre les perms, elle aussi ennuyeuse. We’re charging our battery. And now we’re full of energy. La gestion de l’ennui pour mon daron a été le moteur de sa carrière militaire, je pense. Et David Foster Wallace l’exprime plutôt bien dans le Roi pâle, même si on pourrait croire que c’est plus valeureux d’être militaire plutôt qu’inspecteur des impôts. Je vois les militaires au Mali, comme je les ai vu en Irak, au Tchad, en Côté d’Ivoire, en Afghanistan, en Yougoslavie, et mon père n’a jamais fait tout ça. “Ce sont nos hélicos au Tchad là”, il disait, mais lui n’y était pas, trop vieux, trop blessé, et pas un blessé de guerre, non juste sa voiture plantée dans les travaux aux abords du stade de La Meinau, un soir de perm. Et je me dis c’est une chance. Et il n’y avait pas de drones non plus, ni de militaires robotiques. Il y avait juste la fête de la sainte Barbe et du vin au messe. Quand mon père il entend qu’il y a des PS3 et le choix entre 3 repas, dans les camps. Il devient un peu fou.

Tobiah – I don’t really exist
On compense le manque avec la programmation. La série Code Lisa en est la bible et c’est un truc que ne pourront jamais comprendre les gens d’une formation classique, pilotés depuis le lycée pour faire ce qu’ils font. Moi je me souviens avec ma prof principale, en 2nde, qui me disait “mais tu fais quoi chez toi si tu travailles pas? De l’ordinateur ? tu crois qu’il n’y a pas mieux que de faire de l’ordinateur ?”. C’était en 2000, et il n’y a toujours pas mieux que de faire de l’ordinateur pour me faire manger ma famille et moi. Je ne me serai jamais mis à faire des jeux en flash à 13 ans, si, en ce temps, je savais sincèrement faire du skate, m’habiller, me coiffer et adresser 2 mots à des filles sans essayer de les étrangler dans le dosage hormonal imparfait qu’était ma préadolescence. Avoir une petite amie numérique, n’existant que sur un serveur, le quart d’heure qu’AOL illimité nous laissait, ne propose pas moins d’émotion qu’une vraie, en bas de l’immeuble ou dans sa classe. “I don’t really exist, but dance with me anyway. I’m just a computer program. I am the girl in your dreams. I don’t really exist, but dance with me anyway.”

Add n to x – Plug me in
Ce n’est pas seulement une histoire de masturbation. C’est aussi la comptine d’un petit robot qui n’a des amis et une source de plaisir, de discussions et d’échanges que quand tout le monde a enfin trouvé une source d’énergie “branchée”. Enfin je le vois comme ça.

Darkstar – Aidy’s girl is a computer
« I don’t get it. I am 16 years old, have never done drugs nor have I ever tasted alcohol. And yet I love this music. I find it extremely beautiful to listen to. »
« You HAVE to listen to it when you’re high. If you’re straight you realize that it’s just a lot of random loops and MIDI shit thown in a blender, then placed on a grid in a DAW. I can get drunk and flip my DAW onto the floor with some random VST’s loaded up and create this non sense. »
Qu’un robot pioche des commentaires sur youtube aléatoirement me suffirait pour sauver la littérature. Et la musique électronique.

David Carretta – Automat
Vers la fin du lycée, juste avant les filles et les MMORPG, j’avais produit un mini lp, avec Live 5 et Reason qui tournait en esclave. Et même Rebirth. Il y avait 8 chansons. J’ai le CD chez mes parents, un de mes potes l’a aussi. Je sais pas comment j’ai fait pour produire ce modeste truc et je serai incapable de le refaire. Je me souviens juste que je cherchais par tous les moyens de refaire ce morceau de David Carretta avec les moyens du bord, synth bass sur le VST “orgue” de native instrument, synth aiguë lointain sur l’ARP 2600 de Arturia avec beaucoup de delay et de reverb et une vocale incompréhensible. Mais je n’avais que le micro-casque pour la voix, alors je chantais les titres en live seul dans ma chambre, en espérant me payer une “session studio”. Et aujourd’hui si on me lance un de mes titres genre à une soirée pour se foutre de ma gueule, je prendrai le micro et chanterai, c’est promis. Ça parlait de fil rouge qui nous reliait, et ça partait du folklore japonais et des seins de ma prof d’anglais, dans un anglais yaourt plutôt malin “a red wire beatween eusse, connect mi to you, whène you correc our copy”.

Bonus non-robot, invasion spatiale qui détruit tout et remet les choses à plat.
I-F – Space invaders are smoking grass


—Où est passé le white trash Français ?

Il a trouvé du travail. Depuis la mort de Mathieu Berenholc, que je n’ai pas connu, il faut bien reconnaitre que Vice France a plongé dans la mouisasse la plus profonde. Je dis mouisasse, car le mot est venu en premier, mais il suffit de passer deux minutes sur les derniers articles pour trouver d’autres adjectifs liés au vomi. Le champ lexical du vomi est celui qu’on apprend le plus vite quand on se lance dans une langue étrangère, et je fais parti de ces jeunes français qui disent encore “begère” en 2013, ça la fout mal alors “Mouisasse” c’est bien car je sais pas d’où ça vient. J’avais demandé un jour à une de mes gamines de centre aéré comment ils disent quand ils vomissent après avoir trop bu pendant la perm, et en fait ils disent “vomir”. Il a vomi, elle a vomi. “Il était malade”. Vice France me rend malade. Récemment me vient en tête, la traduction de l’article sur les dash cam russes et les comètes qui commet l’ineptie de remplacer (je le fais de tête) “attraper une balle pendant les World Series” par “récupérer le ballon de Zlatan dans les tribunes du Parc” – la trad foireuse m’insulte car elle sous-entend que je ne sais pas ce que sont les world series mais surtout dans un soucis d’adaptation faite par ce qui semble être un 1ère L en stage d’observation, elle foire le sens voulu par l’auteur original sur le côté exceptionnel de “catcher” des vidéos d’étoile filante à basse altitude : Dans le football on rend le ballon au ramasseur de balle et c’est fini, le garder reviendrait à se faire exclure du stade, au base-ball, la balle de home-rune est un objet de culte, exceptionnel, recherché et collectionné. La relation à la balle, au ballon diffère selon les sports, ce pourrait être un bon article de blog “Vice” le fétichisme des ballons, mais je ne vais pas commencer à proposer de bonnes idées.

Là, à chaud, je viens de lire le marathon Die Hard que le mec ne tente même pas sous acide (contrairement à ce qu’aurait fait son comparse américain) et, dans un soucis de conclure, il veut nous faire croire que ça intéresse vraiment quelqu’un qu’un studio de cinéma viole une licence cinématographique, il dira d’ailleurs “j’ai fait d’horribles cauchemars dans lesquels John McClane se faisait violer par l’anus par des producteurs hollywoodiens”, mais tout le monde a vu l’épisode de ce dessin animé américain connu, où dans une mise en abyme intelligente Indiana Jone viendra se faire littéralement violer à l’écran, par ses deux producteurs Lucas et Spielberg, devant le jeune public heros du dit dessin animé. Faire quelque chose déjà fait, ce n’est pas grave. Ça m’arrive. Tu es pardonné, tu es une grosse merde. Pardonnée. Et je me souviens un peu plus loin dans le temps la stagiaire chinoise qui rentrait en vacances chez ses parents adoptifs à lille pour interviewer des mecs qui défendent des roms, pendant que les roms continuent de construire, au “bled”, des Gypsy Mansion avec l’argent tiré des mecs qu’elle finissait d’interviewer, ce qui est bien entendu 100x plus intéressant et adapté à l’idée que je me faisais du magazine Vice. Qu’on se le dise petite chinoise pleine d’amour, si je voulais sincèrement soutenir la cause rom et pointer du doigt mon voisinage raciste, je serais abonné à l’Huma et travaillerais à la mairie de Vitry. Je ne lirais pas Vice.

La production de contenu par Vice France est proche du 0 et l’arrivée des traductions me sert maintenant de rappel pour aller lire la version internationale, au cas où. Je ne vais pas pleurer la tournure ratée de Vice que je situe, avec le recul, à la mort de Berenholc mais peut-être que lui voulait cela. Les morts ont toujours raison quand ils laissent derrière eux de bonnes choses. Je ne vais pas chercher les fautifs, chacun fait son truc, la vie est longue et belle, et cette chinoise signera toujours plus de pétitions pour embellir mes vacances dans la banlieue de Bucarest. Je voudrais lui demander si c’est vrai que toutes les asiats, même celles en France, s’obligent à couiner comme les japs de porn ou si c’est juste une rumeur de mes potes qui aiment les culs plats et ont tapé dans toutes les filles de restaurateurs de la bonne ville de Compiègne, où j’ai grandi un peu.

Mais le white trash continue de vivre sa vie sans les white, sans le trash. Ou ça? En fait j’ai arrêté de chercher, car c’est un travail de tous les jours. Je peux tenter une description de ce que je veux mais… C’est chiant, il n’y a plus que Fdesouche qui propose les bases pour ces sujets de blanbec. Et leur angle faussement distancé rend la lecture attentive de ce site assez nerveuse, chez moi, qui ait l’esprit aussi influençable, “putain tout est vrai, je pète un câble” que cette renoi qui distribue des Nouveaux Testaments en arabe des témoins de jehovah dans ma boite au lettre (voir mon compte instagram). Je salue toujours cette renoi au RER, avec ses Réveillez-vous, le matin je ne suis jamais assez réveillé. Et elle m’a dépanné quand je manquais de Coca, au cocci elle m’a lâché une canette contre 5 minutes d’une évocation de Jésus Christ habitée. Je n’ai personne ni le temps pour commencer à prendre les sujets un par un et aller sur le terrain pour boire un verre avec les gars dedans, genre les mecs qui se sont battus avec des juifs dans un TGV, qui se souvient ? Ils allaient pour s’engager à l’armée. Un bon whisky coca avec ces gars, ça peut faire un film français. Et c’est ça que Laurent Obertone n’aura pas.

Lui, il nous a tous tricard avec ses droits de réponse constants sur Atlantico, et son livre la France Orange Mécanique, qui aurait pu être l’objet du premier numéro de mon mag “Le Petit Français illustré” : Les viols collectifs racontés par les violeurs – Ils sont sympas en fait et ce dernier m’a invité à venir le retrouver quand il fera son hlel. Bon, je vois que Vice essaie de ramener la niche white trash en allant à Enghien voir Carl Lang, mais moi j’ai de bons souvenirs d’Enghien pour d’autres trucs, liés aux meufs de potes à l’époque de la fac et aux alcools avec du sucre dedans et une maison donnant sur le Lac. L’extrême droite est le sujet N°1 de white trash français, car son univers est fascinant : il mêle à la fois les cathos tradi, les païens les plus fondamentalistes, les gays nationalistes, les enfants illégitimes du Batskin et même maintenant les rebeu venus sauver les “beurettes à khel” contre les “islamo-gaucho” par une charia simple et efficace, saupoudré de noirs se réclamant des thèses de Cheikh Anta Diop. Bizarrement, ce petit monde paradoxal cohabite comme le village gaulois d’Uderzo/Gosicinny, dont ils se réclament un peu tous à leur façon, et n’arrête de se “outer” ou de se “queneller”. En fait, si on veut faire le sommaire d’un mag white trash, il suffit, en un, de trouver le numéro d’un micro parti d’extrême droite, aller à un de ces réunions publiques, faire le 4ème pinpin et pondre un article où tu dis que la phase 3.2 du protocole de Sion va commencer en Mars selon ces gars plutôt convaincus de connaitre la vérité, et amateur de bière premier prix, dont les packs ont fini d’envahir les 5m2 de la cuisine aménagée du “local”. C’est, je crois, le métier que fait le bon gros Abel Mestre au Monde. En deux, tu fais dix pages de screenshot de pages facebook, avec sur les impairs des citations de “Les beurettes à khel utilisent l’islam pour justifier leur relation haram”, sur les pairs les plus belles photos d’éjac de Jacquie et michel sur de vieilles arabes nées entre 58 et 65. Tu finis sur un chevelu qui custom des motos DAX de chez Honda dans la banlieue de Sedan où il insulte les chinois, parle du premier but d’Eddy Capron à Duguauguez, et finit sur les prix de l’héro, où il est obligé de faire 3 motos pour son gramme et qu’il a hâte du revival DAX pour finir sa vie ceinture au bras, dans le fond de ses chiottes. Ce qui le tient en vie c’est le manque d’argent, la mécanique de motos oubliés.

On pourrait croire que je fantasme, mais j’ai croisé plus ou moins tous ces gens. Je demande combien pour le kickstarter de cet enfant horrible du white trash Français. Rien.


—le carnaval.

Une histoire vraie.
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval
le carnaval


—Visages de RER : Septembre – Décembre

Un thaï, monté à Juvisy, avec un sac de course Christian Dior, lit un livre de Francis Huster sur Christian Dior. Il prépare un scam ?

Une rousse, pas trop pâle, pas trop mal, avec une bague à l’index de la main droite, écoute de la musique sur son iphone. Elle fait mine de me snober, les yeux mi clos. Pris de haut le p’tit gars. Avant le snob, je visualisais déjà mentalement la couleur de ses fesses.

Une dame, quadra, blanche employée, lit un document interne, didactique, sur la réorganisation de “SFR La Carte”. Quand elle remarque que je le lis aussi, elle fait mine de le planquer. Bientôt, plus besoin de prendre le RER pour aller au Pôle Emploi. On est dans la même galère, meuf.

Un noir fait un prêche baptistique assis pile en face de moi. C’est un prêche muet car j’ai mon casque sur les oreilles, mais il dit Jésus et conversion suffisamment fort pour que je comprenne le deal. J’écoute “Paul Jonhson – Hear the music”. Et je pense à écrire sur “la techno chrétienne” – comme il existe un rock chrétien. De mémoire, je repére déjà quelques morceaux de house, prêches, qui pouvaient entrer dans le label techno chrétienne. (note: Je ne suis jamais allé plus loin).

Cette fille se donne des grands airs, rappelant la démarche de Victoria Beckham, mais avec des vêtements qui viennent du chinois de Juvisy. Son physique neutre la rend pourtant attachante. Pourquoi en faire trop quand on peut être simplement attachante ? Elle serait aussi bien en Victoria Thiney – mariée à Gaëtane.

Ce petit noir qui dort et qui suce sa tototte, par intermittence, au fond de la poussette est seul sur la plateforme. Sa mère est un peu plus bas et ne l’a pas constamment en visu, assise avec ce que je devine être sa grande soeur. Espérons qu’un membre de L’Arche de Zoé ne monte pas dans le RER.

Discussion de trois filles, sorties d’une pub Benetton, maquillées pour aller à la B.U. – au vu des sacs de cours, de la discussion et des dates de vacances scolaires. La blanche après avoir minutieusement inspecter sa manucure, sort un truc de Droit Comptable, qui fait vérité.

Zoulette qui glisse en montant les marches dans le train, son casque Marshall – pensée musicologie: du r&b dans un casque Marshall, l’éternel retournement – rebondit par terre. Un mec se lève pour l’aider, étant au 3ème rang, je ne peux rien faire pour elle. La rame est hilare. La fille aussi. Finalement assise, elle tapote un sms. Je donnerais beaucoup pour recevoir son traitement de l’anecdote dans mon iphone.

Jeune SDF avec une PSP slim neuve juste en face de moi. Il y a un périmètre de sécurité latent : personne n’est assis à moins de trois rangs de lui, sauf moi, une noire au loin fait ce geste du “ça pue” et plonge sa tête dans son écharpe. Si Rockstar faisait des jeux plus réalistes que cinématographiques, il prendrait ce mec en héros qu’on trainerait à travers les métros entre misère, videoludisme et ennui – ce sera un échec commercial. Il a un ASSASSIN’S CREED et un Need For Speed. Il n’arrive pas à s’arrêter sur un jeu, il change 8 fois d’UMD entre Austerlitz et BNF.

Jeune fille punk fondamentaliste de résidence banlieusarde écrit dans un carnet démarqué des idées non remarqués. (Note: revue 5 fois, elle monte à Austerlitz dans le ELBA).

Revue la blanche de Droit compta, à côté de moi envoyé un sms à “Amour”, disant un truc du genre “Je suis encore à l’école, je te dis quand je pars”. L’égalité homme-femme a toujours été équilibré dans le mensonge.

Deux quadra avec leur fils, et drapeaux du Stade Français. Ils reviennent du SdF. Ils parlent de l’abonnement à Canal+ et de bein et de streamin’. Je demande le score du match. Ils ne savent plus. “Attends 18 à ? Michel c’était quoi le score ?”

Une meuf sort son macbook Air et taffote un tableau excel qui recense les sites de différents artistes musicaux d’un “sub-label” de groupes francophones type “bistrot-accordéon”. Elle lance Serenity de Popof sur son itunes. Je réfléchis au glissement de ces filles qui disaient écouter de “l’électro” hier et ne jure que pour la “minimale” aujourd’hui.

J’ai vu cette dame, sans physique, vendeuse dans la boutique de chaussures à côté du taff. Mais je ne l’avais jamais vu sur le quai. Je voudrais l’inviter à dîner pour parler du RER et de nos stations préférés. Je sais déjà qu’elle n’en connaît que trois. Elle ne prend jamais l’omnibus.

Vieille noire, forte, rouge à lèvre très présent. Les lèvres ont marqué le gobelet de café Autogrill. Une pub Chanel au niveau d’Ivry-sur-Seine, juste après le bidonville.

Le sosie parfait de Caroline Fourest lit “Femmes 2 Dictateurs” de Diane Ducret.

Un grand arabe, parfum Boss d’Hugo Boss. Habillé en commercial. Il regarde Dexter sur son iphone, sans sous titre, sans casque. Sans son.

Une dame agée me demande si ce train s’arrête bien à Clichy. Nous approchons de Juvisy direction Dourdan. Je pense souvent à elle depuis – Toujours rien dans les journaux sur une vieille errante, sur son banc, décédée.

Un africain, explicitement sapologue dit “walkie-talkie” en parlant de son téléphone cellulaire. Un vieux nokia.


—OWNI, News, Resigned

La mort d’owni.fr m’attriste non pas pour mon amour inconditionnel du site – je pense idéologiquement que la culture numérique ne doit pas être le “fait” de journalistes professionnels qui “signent” des “papiers” mais d’une populace instable et ingérable qui “fait” – j’oppose le mot “faire” à “signer” – ce que bon lui semble ; La mort d’owni m’attriste surtout car elle montre que le modèle déclinant, archaïque, par la moustache d’Edwy Plenel et tous ces vieux machins, ressort en 2012 grand vainqueur. Putain on va encore se taper du scandale d’Etat, par abonnement, alors qu’on n’en a jamais rien eu à foutre de l’Etat, sur l’internet.

(Les esprits taquins remarqueront que le plan de licenciement ne concerne que les journalistes et non les designers et développeurs (qui formeront une agence), ce qui tend à prouver que l’internet, dans toute son humilité, a toujours préféré récompenser ses architectes à ses commentateurs).

Mais depuis que j’ai appris la mort de ce site, je me suis dis : tiens il va se passer un truc. Je vais surveiller owni. Car ce sera peut être à l’origine d’un mouvement, d’un je ne sais quoi numérique, à laquelle je vais m’identifier. Patatra, tout se passe comme si rien n’avait été annoncé. Les “UNES” d’owni s’enchaînent sans un mot sur la situation qu’ils vivent en interne, même pas une petite pastille frondeuse ajoutée par un dev “AIDEZ OWNI”. On est comme avec France Soir en fait. On est comme avant. Non seulement, les vieux machins de la presse gagnent, mais les jeunes journalistes ne trouvent même pas la force de se transcender face à cela. Jusqu’à preuve du contraire : Ils ne tentent rien, ne se montrent pas. Continuent de signer sur des sujets. Ils semblent être dans une relative résignation – ou peut-être négocient-ils leur futur précaire dans une autre rédaction – vouée à licencier à moyen terme. Ce qui tend à me prouver, ce que je me tue à dire depuis toujours : ces gens n’en ont rien à branler de la “culture” numérique et de ses révolutions. Ils n’ont même pas envie de les tester. Ils n’ont même pas envie de faire la leur. Ils ne sont pas dans l’arène. On les aurait mis journaliste au service porcelaine du Monde, ils auraient écrit des putains d’article sur la porcelaine dans le Monde jusqu’à que le service ferme économiquement. Remplacer “porcelaine” par “numérique” sur Owni et vous avez compris. C’est vide.

Je crois comprendre en voyant cela que la chose journalistique est, pour eux, au dessus de la culture numérique. Que ce n’est pas la passion “numérique” qui les anime mais juste l’opportunité d’avoir intégré une rédaction et faire du journalisme. C’est un conditionnement et un enferment qu’un petit con comme moi ne peut pas piger, tant je prends à coeur la chose de l’internet.

Naïvement, je me dis que journaliste à owni, depuis l’annonce de mon futur et prochain licenciement par le confrère et concurrent RUE89, j’aurais personnellement fait péter le front office du site et j’aurais pris en otage le média. J’aurais demander le soutien de mes collègues dev, mes collègues graphistes, on aurait fait un putain d’atelier de fronde public : Il n’y a pas besoin d’euros pour ça. Bon moi je vous avoue que je n’aurais pas eu besoin ni des dev, ni des graphistes pour faire la fronde, car en bon homo numéricus je sais faire tout ça, tout seul. VIVEZ LA MORT D’OWNI EN DIRECT aurait été mon premier cailloux dans la vitrine owni.fr. Le site aurait fermé dans l’heure, à obliger dirigeants, investisseurs à foutre le nez dans notre merde et peut-être là on aurait dépassé la petite brêve chez Rue89 et les commentaires comparant Owni à PCINpact (même si ce n’est pas pour me déplaire – lire ci-dessous imgur & ppt). Et même si il m’avait dégager physiquement du lieu, je serai allé commenter partout où j’pouvais avec tout ce que je sais. J’aurais leaker tout, incendier puis inonder, modestement, le réseau, la marque Owni, quitte à ce qu’on me dise que je ferme ma gueule. C’est très marrant qu’un site qui parle d’open data et critique les politiques en open data n’arrivent même pas à proposer à son lectorat la moindre ouverture sur ce qu’il se passe chez eux, et font comme la vieille machine communiste “continuez à travailler vous verrez”. Mais le mur est déjà tombé. On singeait owni pour tous leurs projets en vrac “owni music” “owni machin” on disait ce sera quoi le prochain owni? Et bah c’est “owni chômedu”. Parce que “owni revolution” n’a jamais été dans les têtes de ces gens là bas. Ils en parlent, ils la décryptent mais ne la pratiquent pas. C’est là toute la différence entre le monde numérique informel, dont je fais parti, et les mondes journalistiques qui n’en ont rien à branler de ce qu’ils font : tant qu’ils le font.

Il reste une bonne nouvelle : La chronique VENDREDI C’EST GRAPHISM ;-) ;-) de GEOFRREY ;o) “BACKLINK MON ZOB” ;o) DORNE ;-) :-) est ENFIN AUX OUBLIETTES <:o).


—La gentrification du rap et la Nuit Blanche.

Booba, ayé, il est encore plus haut que tout là haut, il est Denise Boodu, il est l’enfant de la partouze Cluzet-Sy, intouchables du salon de ma grand-mère aux F2s insalubres. Le rap finit de vivre ce qu’a vécu le punk, et ce que vivent tous les quartiers populaires et un peu ma mère : le phénomène de Gentrification. Futur est donc le dernier point du manifeste pour petit embourgeoisé ; assuré. Un bon disque. Dans 20 ans, à Estienne, ils auront des tee Booba, comme les meufs actuelles ont des tee Sonic Youth. Booba est un bon gars et fera toujours des disques avec l’intelligence de l’homme d’affaire, artiste de rue sans jonglerie et clown triste. Booba c’est aussi un bon français et il sait comment rester dans l’Histoire : s’inscrire dans une continuité littéraire et musicale de sa niche. Ce n’est pas un rapeur de la rupture, en opposition qui fait des blagues et veut se montrer. Il est l’un des prophètes, il essaye de faire Vérité, il a le témoin et il transmet la parole entendue, il fait ce que ses oreilles lui ont toujours dicté, du petit freestyler à la new yorkaise au boss du rap français. Aujourd’hui, c’est encore lui qui fait monter les bon gars (Kaaris, Sazamyzy, Brams, ce dernier a raté une marche). Il a toujours su se rendre irrésistible avec ses phrases reprises du café à la cours de récré, comme “Morray”, comme “kevjvéfère de tout cet oseille”, comme “je n’ai pas la pression”. N’étant pas chroniqueur musical, j’ai cette chance de juste écouter le disque en marchant et en prenant mon RER, moi aussi, C. Ce qui me fait penser que dans la gentrification d’un mouvement musical, cela commence toujours quand l’identification devient accessoire. Si le public n’a pas ses racines ici mais fait mine de comprendre et d’imiter quand même le “délire” c’est que le public est bourgeois, gentilhomme, composé de petits blancs bien habillés qui s’affichent devant des Porsche pour leur Peplum. Pourquoi Butter Bullets ne s’affichent pas là où sont les seuls petits blancs qui, à l’instar des rapeurs renois et hamza, parlent d’identité et de valeurs ? Parce que c’est plus facile pour eux de trouver une Porsche que de grimper le toit d’une mosquée en criant Charles Martel.

1. Cela ne sert à rien de parler rap en 2012, si vous n’avez pas vu “Let It Shine” le film TV. Après avoir exterminé le rock dans ses camps, Disney s’occupe du rap et c’est très intéressant sociologiquement. Si mes calculs sont bons, la prochaine étape sera la “techno”, avec le biopic de Skrillex, toujours par Disney.

2. Revenons en France, Pierre Siankowski va loin dans sa chronique en citant carrément un univers post-Moroder, proto-Yeucou à propos de Futur par Booba. La critique profite des créateurs pour essayer les connexions impossibles réservées à son cerveau malade. L’artiste, de la galerie, puis des musées jusqu’au rap, s’essaye à faire une oeuvre référencée et inscrite dans l’histoire, avec le choix d’expliciter ou non où se trouve l’inscription – dans le rap, par exemple, cela passe par la citation, l’autocitation, le construction de la phrase, le gimmick et les bass dans la voiture qui sont des références acquises par l’auditeur. Le critique, lui, est dans une logique de viol constante, à une hauteur d’esprit qui se veut singulière et à la recherche de la possibilité de briller à travers l’autre dans un prisme par définition déformant : Sa chronique s’inscrit dans un titre de presse qui touche un certains public, le critique a donc des obligations professionnelles dans la conception de son papier, il doit avant tout satisfaire ce lectorat en lui faisant avaler la grosse pilule – booba qui rap en ambiance proto-krautrock et en même temps réussir à garantir une certaine crédibilité dans la pommade étalée sur l’artiste, afin de ne pas se faire embrouiller pendant la promo et poser sur son instagram avec l’artiste, pour faire saliver et jalouser, le lambda. Assis entre deux chaises, il est dans la satisfaction d’idéaux et non dans l’avis pur. Pour éviter cela, je propose des robots qui chroniquent les disques et les amènent à moi, selon des données objectives : rythmes, analyse du spectre sonore, comparaison avec ma discographie, juxtaposition à mon humeur – ce que fait, en fait, mon oreille.
Pour la vanne, je dirai dans mes mémoires que je me souviens, à Bobigny, quand il n’était pas encore Thérapy – le “beatmaker”, on discutait de notre petite musique, c’est vrai qu’on parlait souvent de l’influence des musiques de Moroder, dans l’ambiance spatial de notre utilisation du Logiciel ACID PRO et dans le sampling de CDs tirés à Gibert Jeune. Et j’avoue que Carpenter on se mettait les films en boucle, on préférait même ça au rap et on se promettait “dans dix ans, tkt un mec rapera là dessus”, tellement intelligent et pointu que nous étions. Siankowski fait bien de le rappeler et j’approuve sa démarche, Therapy est, en plus de faire des beats de rap, la bible française du KRAUTROCK, c’est d’ailleurs lui qui a ghoswrité toutes les prods de Record Maker, dernièrement, entre deux lp de Booba. Allez on se casse, avec ses références et les textures et ta bite. Il faut laisser le rap vivre comme il est. Laisser les gars faire des beats sur la MPC – même si ce n’est plus trop vrai, juste posons nos oreilles, laissons les avec leur candeur, avec la naïveté nécessaire au “surmoi” pour produire un bon son, avec des bonnes bass, que ça cogne dans la caisse, que ça cogne dans les fesses. La seule référence musicale d’avant garde et inconsciente, autre que le rap, qu’ont les beatmaker c’est Raymond Scott : On a passé notre enfance à se matter des D.A. de la Warner Bros.

3. Mais, si on doit parler de Booba et de l’Histoire de France, il ne fallait pas passer à côté de son intronisation ultime dans la république française et au dessus c’est le soleil. Ils peuvent se branler pour rattraper, tarir d’éloge les lyrics, et le phénomène. À s’en crever le poignet, ils peuvent lâcher du sperme sur le CD, ce n’est pas de ça qu’il faut parler. C’est passé à côté de son sujet. La musique, dans Booba, est devenue un bonus pour illustrer des sujets télés, pour vendre un sweatshirt. Cela ne représente que 25% de son “rap”. Je peux témoigner, j’étais tout seul avec un autre gars ce soir là. C’était lors de la Nuit Blanche pour voir “ALL-IN” de Mohamed Bourouissa. Et pour acheter le jeton BOOBA à la Monnaie de Paris. L’autre gars, attendait dans un porche plus haut sur le quai et m’avait topé pour l’aider. Il m’a filé 2€ pour que je lui achète un jeton en plus car la sécu l’avait dégagé il avait dépassé son quota – Aujourd’hui les jetons sont sur ebay, le prix a quintuplé. En plus du jeton culte – j’en ai pris 4 (dont 1 pour le gars), il y avait le film sur la façade. Dans Libération next en fin de papier, le journaliste (Clément Ghys) évoque ce travail, on comprend vite qu’il n’a lu que le dossier de presse et vu 3 screenshot et qu’il n’est pas venu sentir la vie sous la pluie. Si vous cherchez un manifeste du rap fait avec intelligence, sans montrer une seule grosse caisse, ni aucune paire de fesses. Regardez ce film. Mohamed Bourouissa, qui est plus intelligent et malin que tous les réa qui entourent Booba, sait de quoi il parle. Il a fait le film définitif de la culture hip hop, et cela va être vendu pour des musées. Bientôt la punchline : Ma bite dans Sophie, CALLE, ta voiture de petits, chiale.

Quand la chronique en est encore à la paluche, de vouloir faire les liens impossibles de mariages journalisto-utopiques, l’art, avec Bourouissa dans ses doutes, dans sa bonté, est allé à l’usine de Pessac pour filmer la production du jeton – co-réalisée avec la monnaie de paris, à l’effigie de Booba. Le lieu est atypique, vit presque par lui même. La bande son c’est “Foetus” par Booba (autopsie volume 3), Mohamed Bourouissa laisse les machines parler, on passe de la gravure, au bain, dans une longue contemplation de l’artiste. De lents travelings croisent des retours avant/arrière rapide qui suivent les flux et reflux de “snare” dans le beat. La machinerie de Pessac est très proche, paradoxalement, de l’univers de la rue, où l’on “trime comme à l’usine”, dans le but de faire la “money”, c’est ce lieu qui est la première capacité de frappe monétaire en Europe. Petites et grandes frappes, monnaies : Il est évident que cela devait être le lieu du dernier rendez-vous avant le braquage du rap français. La tête de Booba est omniprésente, à travers l’apparition du visuel sur les jetons, elle se laisse découvrir au fil des étapes de la production de la pièce. L’absence physique de Booba, devient l’omniprésence : il est partout dans le film comme on trouve le buste dans le moindre petit village d’une dictature. L’usine froide qu’est Pessac appartient au travailleur pauvre qui produit, plus ou moins par accident, la richesse ostensible de l’égo trip. Il n’y a pas plus belle analogie au rap. Le film se finit sur un plan violent, sans violence, on a quitté l’usine pour un salon propre, bourgeois, une suite hotelière, 6 étoiles, vides. Toujours un grand vide, c’est comme cela que le rap existe : Pour le combler. Ce luxe se fait agresser par la chute des pièces Booba. Les verres, la deco, volent en éclat sous la monnaie qui coule à flot – kévjvéfère de tout cet oseille ? On est dans le bifton du string de la stripeuse, sans le sordide de petites frappes. C’est le toit du monde qui se désagrège sous la pluie d’or, frappée d’un visage. Mohamed Bourouissa est pour moi le premier artiste de rue français, dans ma définition de l’artiste de rue, il n’y a pas le graff, il n’y a pas le pochage. Il y a tout un monde, un adn. L’idée d’une association entre un rapeur et la monnaie de Paris, est tellement évidente qu’il était impossible que ce soit fait avant Booba. Avoir sa gueule sur une pièce, c’était réservé au Roi et aux monuments. Sans oublier que c’est grâce à la monnaie, en France, qu’on coupe les têtes.

Booba attend ceux qui vont essayer. Il n’est que trop bien armé.


—L’hexagone amoureux.

La révolution arrive et on la trouve dans les “chroniques” facebook d’adolescentes. Passé le bonheur de la découverte, passé l’approriation du code avec ironie, j’ai laissé murir ma relation avec ce foisonnement créatif que sont les pages “Like” de “chroniques” (et aussi de galeries “swag et soinw” – assez liées) qu’on retrouve sur le réseau social que l’on nomme facebook. Les pages sont fugaces : le temps d’un lycée, d’un été, ou peut-être d’un brevet, d’autres durent et me tiennent vraiment en haleine. Sans ironie. J’ai senti, un temps, une compétition entre “langage sms” et “style normal”, mais les grandes soeurs, celles du style normal, sont revenues à leur blog et ont abandonné l’espoir d’être aussi talentueuses que ces filles, plus jeunes, qui n’hésitent pas à troquer les devoirs scolaires pour la Littérature. J’avoue, je m’intéresse surtout aux “sms” car elles sont totalement désinhibées avec l’écriture, cantique de la racaille, et pètent le schéma classique, pas seulement sur l’orthographe – qui par ailleurs s’améliore au fil des succès, mais aussi sur la narration, souvent chaotique et inscrite dans aucun code d’écriture entre théâtre, roman feuilleton, expérimentation phonétique et citation du Livre erronée.

Pour se familiariser avec les chroniques, cet article sur Slate est assez complet (surtout le lien vers le extime). Même si /!\: Les chroniques et galeries “belgosse/bogosse” existaient déjà énormément sur le réseau skyblog, on est tous passé à côté car elles ne venaient jamais jusqu’à nous, il n’y avait pas l’interface pour nous guider vers ce monde, c’est la forte viralité dans la conception du réseau de Mark Zuckerberg – dont le ticker fait office d’exemple – ainsi que la concentration qui a permis l’explosion d’un genre émergeant médiatiquement, mais depuis longtemps mature.

Ces chroniques documentent une vie d’une étonnante simplicité ; il n’y a pas de complots, pas de mains invisibles, il y a juste, dedans, des gens qui parlent et vivent des trucs et se côtoient en se détestant puis en s’aimant, et un petit bisous. Beaucoup de petits bisous. De mon humble avis, on est, dans le quartier, à une période où le ressenti de l’autorité familiale/étatique/ecclésiastique par la jeunesse ressemble beaucoup à la France d’après-guerre, enfin à ce que je sais de la France d’après-guerre. On pourrait refaire un “reboot” des 400 coups de François Truffaut avec une petite meuf de quartier, elles se reconnaitraient toutes dans le personnage d’Antoine Doinel. Ce film serait très subversif à montrer dans une ZEP, d’ailleurs on ne me l’a jamais montré en ZEP, car il y est dit que l’institution scolaire française n’apporte rien, surtout pour les plus créatifs, qu’elle est surtout source d’injustice et pousse un jeune garçon, par exemple, à voler et revendre une machine à écrire pour faire quelques sous – ce qui pour des canailles comme les chroniqueuses est un geste à la fois condamnable et attirant. Même chose avec le thème de la majorité des chansons yéyés. Et toujours Jacqueline Taïeb ma favorite. Ça a l’air innocent, totalement niais mais le terrain se prépare et ces chroniques font travailler des zones inconscientes du cerveau qui mènent à une prise de conscience collective, ces témoignages mis bout à bout, montrent des cellules de vie qui disent ce qu’il se passe. Ces cellules ne sont pas prises au sérieux jusqu’au jour où ces filles seront le sérieux, c’était pareil nous il y a dix ans, on faisait des interviews entre nous et on n’était pas pris au sérieux ; et maintenant qu’on est en place, on continue nos interviews entre nous et elles sont sur LESINROCKS.COM – ça énerve quelques aigris, mais ils avaient qu’à sucer la bonne bite au bon moment aussi. Chaque cellule vit pour le moment sans trop se mélanger, sans trop se comprendre au delà du diplomatique “échange de like”, mais viendra, avec la maturité, la volonté d’aller plus loin. On commence toujours dans les amourettes, on finit par vouloir gâcher la fête.

Toutes ces chroniques savent, par leur foisonnement, exploser mes acquis anthropologiques sur la génération d’en dessous et de mes petites voisines qui me tiennent la porte quand je suis avec la poussette. Il faut garder une attention active pour ne pas rater la page qui semble “tendance” surtout qu’il n’y a aucun vrai agrégateur, aucune communauté réellement soudée. C’est la guerre comme au rap avec ses “diss” (clash ou conflit), ses amitiés et son auto-modération. Heureusement le petit drapeau du “svp regardez-moi” est souvent agité, et il est assez aisé de se faire sa propre sélection en une soirée et, ensuite, de suivre cela sporadiquement.

C’est aussi un lieu de réappropriation d’internet au sein même de ce qui tue internet : les fanpages sont aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises, facebook cherche à les monétiser pendant que les marques cherchent à leur donner un maximum de visibilité sans rien dépenser. Les chroniques gagnent ce jeu en insistant sur le contenu : des écrits, leurs belles gueules, une page de classeur décoré en perm, du coeur, du cul et des vannes. Ils sont visibles car ils ont ou tendent vers un contenu intéressant, sans cesse renouvelé, et parfois de très bonne facture. Le tout en restant anonyme, en vendant une marque, une ambiance. Et ça se fait tout seul, juste en continuant les posts réguliers. Il se peut qu’il y ait plusieurs personnes qui écrivent, une guilde de scénaristes, d’autres qui administrent sans que l’on sache vraiment qui fait quoi. C’est amusant, ces petits réalisent sous nos yeux le fantasme anonymous et aucun média n’est là pour les encourager. Le retour aux sources des valeurs fondamentales d’internet n’est guidé ni par moi, ni d’autres nerds et ayatollahs, mais par Déborah, Toufik, Enzo et Hanane de la 3èmeD du Collège André Malraux. André Malr0xx.

Les pages sont ultra identitaires et ultra sexués, elles laissent place à l’instrospection d’une génération qui, comme la mienne, aime à s’exprimer peu importe le coût sur des thèmes plus vitales de ce que le journalisme (magazine ou portail web) propose : comment jouir sans payer les conséquences. Il n’y a pas besoin de culture, d’éducation, de sensibilité politique pour se mettre à la place, comprendre et suivre un petit coeur d’artichaut qui aime ce mec mais aussi celui là. Et qui ne sait pas choisir, et qui sait qu’elle perd du temps avec ça, et qui voit sa mère se fatiguer, et son frère qui saoule car elle ne travaille pas, mais ça a l’air important quand même d’aimer quelqu’un, Etc. Ces filles, dans leurs chroniques, ne sont pas ironiques, elles ne sont pas dans le meta, elles n’ont pas idée de ce qu’elles vont raconter demain jusqu’à le vivre enfin, elle ont par contre énormément d’auto-dérision. Elles savent se mettre en scène et ont un regard étendu sur ce qu’elles vivent. Elles le font au “je” mais ont dans la tête tous les points de vue, comme cette scène où son copain Hakim lui dit “Sah je te le dis t’a 5 seconde pour courire sinon je vais te faire manger le sol boueux!!”. Et en fait là elle fait l’effrontée pendant qu’il compte, elle compte d’ailleurs le “3″ du 5 4 3 2 1 afin de le provoquer, après elle raconte “Il ma soulevé un peu et ma posé sur la pelouse trempé un peu, parce que juste à coté y’avais un peu de boue, vu que la veille il avait plu. Moi: arrête tu va me salire mdrrrrrr Il était entrain de me chatouiller sur le sol et s’amuser à me mettre de l’herbe sur la tête et les cheveux.” Je n’aurais pas peu mieux écrit une scène qui raconte un peu comment la complicité peut naitre un peu dans un couple.

Elles remplacent aussi les radios libres, le lieu où les jeunes se retrouvaient pendant qu’on enlevait les bancs publics, la radio on en discutait le lendemain parce qu’on crevait si on ne le faisait pas “t’as écouté hier Max ?”. Elles occupent le terrain de l’humain délaissé sans que l’on ne sache vraiment pourquoi il a été délaissé sur ces supports là. Elles sont dans le culte de l’histoire et jamais dans le culte de la personnalité. On s’est laissé avoir à vouloir le faire en notre nom, acceptant de ne plus se défiler, eux par l’intermédiaire du “create page” retrouve l’anonymat. Et c’est dans cette niaisierie assumée qu’on trouve LA vérité française. Une vérité qui va bien plus loin que le film LA HAINE, elles s’en foutent de la haine. Elles préfèrent MaROCk. D’ailleurs, kassowitz ou kourtrajmé, elles n’ont jamais aimé, elles ne comprennent pas. Les beaux gosses de Riad Sattouf sont plus proches de leur vie que les délires hip hopien de petits blancs bourgeois adeptes de la pose canaille. Les seules tentatives de manipulation sont dans les phrases socialisantes qui concluent le contenu, où les chroniqueurs se perdent à vouloir asseoir une respectabilité par le chiffre.

- “d’aprè vou ki é dan la voiture karriv lentement ?” Les histoires se finissent souvent sur un cliff inspiré par la culture série u.s. Et les lecteurs viennent donner leur avis, tester l’auteur sur la suite et parfois influencent carrément le récit en proposant ou en s’offusquant d’une situation. L’auteur cherche à gonfler le chiffre du commentaire en lançant cette discussion chaque fois sur un nouveau prétexte. Le plus jolie que j’ai lu c’était une main qui glissait sur sa hanche dans la cours du bahut et tout le monde pouvait le voir, et c’était gênant mais en même temps agréable, et on était en haleine au moins deux semaines pour savoir qui pouvait toucher la hanche de cette prude et en fait c’était un pion, qui en voulant lui attraper le sac a caressé sa hanche sans faire exprés, et lui a demandé son carnet car elle avait séché, dans les épisodes qui ont précédé. Je n’ai jamais vu un retournement aussi fou.

Dans un dernier vol de l’inventivité, j’ai pris aussi ce passage de la voiture qui arrive lentement car sa chronique brassait tellement d’histoire, qu’on se retrouvait dans un “hexagone amoureux”. L’expression n’est pas de moi mais de l’auteure qui disait un truc du genre “vous allez dire ‘quoi encore un nouveau garçon’ : j’avoue ce n’est plus un triangle amoureux, c’est un HEXAGONE ! pdrrrr”

L’hexagone amoureux, c’est une belle expression par ce qui semble être une petite rebeu, qui selon plusieurs sources médiatiques et paranoïaques, veut détruire la France avec sa religion. Mais pour cette fille du quotidien, et pour son petit coeur et son histoire, le communautarisme n’est qu’un ordre pratique. Avec lui, elle peut aimer jusqu’à six mecs qui dans la vie et dans ses histoires ne se croisent pas, ne peuvent pas se croiser. Mais c’est bientôt qu’elle fera le choix, et là, eh bien on verra. Inch allah.


Le blog beauté identitaire.

xoxo


—Quelques k-way rouges.

Ils sont posés là le long des quais, à intervalles réguliers. Parmi les métiers les plus cons, ils sont sur sur la dernière liste, la “short-list” dirait-on. Quand le rer arrive, ils crient “ELBA destination Saint Martin d’Etampes” – ça c’est pour l’un des miens quand je rentre chez moi mais je pense que pour les autres trains, ils crient une autre combinaison de quatre lettres ainsi que le terminus. Le train finit par stationner et ils se mettent en opposition entre le peuple qui est sur le point de descendre et le peuple qui est sur le point de monter. Ils sont là pour fluidifier le trafic, aider les gens, même si ils connaissent moins les rer que les usagers réguliers – comme moi. J’attends ce jour où l’on se mettra tous d’accord pour ni monter, ni descendre et rester chacun “sur le point”. Cette faille, m’a-t-on dit n’a jamais été évoqué durant leur rapide formation. Quand le train est en retard, cela arrive quelque fois, ils prennent les volées directement dans la tête. “Fils de pute de la sncf”. Ce renoi, sans histoire je pense, qui se retrouve à fluidifier le flux que nous formons, ce flux à 90% est la source des retards, ce renoi devient, quand un train affiche ce retard que nous avons formé par notre non-fluidification, un fils de pute. Beau gosse. J’ai essayé de savoir si on pouvait se procurer ce k-way rouge. Ils n’ont pas le droit d’avoir une conversation de plus de 5 minutes, même quand l’écart entre deux trains est de 7 minutes. C’est dans la convention collective.

Je ne me plains jamais des trains, quand une enquête satisfaction circule, je coche tout bien. Peu importe que nos vies soient pourris ou trop biens, nous sommes dans le même train et je remercie la société, des trains, pour m’offrir cela – un cadeau que je paye, et je dis ici “offrir”, car je trouve cela jamais assez cher pour le spectacle et l’inspiration d’un trajet de 19 minutes. Souvent, je prends des bouquins que je ne lis pas, juste pour qu’une fille regarde et se sente con avec son Harlan Coben. La littérature c’est plus facile à montrer que la musique. Même si je tiens ostensiblement mon iphone pour montrer la tête de ma fille et de Jacqueline Taïeb sur le Spotify. Jacqueline Taïeb est une chanteuse yéyé, et elle chante le malheur de la petite étudiante niaise. Sa chanson Ce soir je m’en vais, me fait chialer chaque coup. C’est censé se passer sur le ferry à Douvres et elle fait semblant de ne pas s’adresser au mec qu’elle kiffe jusqu’à la fin du titre et finalement on sait qu’elle aime. Mais comme au délà de cette chanson, on connait la vie, on sait qu’elle ne le reverra jamais, que tout ceci est bien vain et on pleure avec elle. Car il y a des gens qui méritent des chansons et d’autres qui méritent des bouquins, et peut-être on en croise qui méritent la mort. Pris séparément, paroles et musiques, ce titre n’a aucun intérêt, tout en même temps c’est qui me fait chialer tous les matins, car je traverse la Seine dans un sens avant de prendre mon RER et je traverse la Seine dans l’autre. Et je croise des péniches et je m’arrête pour faire coucou. Souvent ils ne me voient pas. Les péniches comme les horlogers passent à des heures fixes décidés par le prix et le marché du cailloux – et dans une autre mesure le débit géré par les écluses. Le caillou, le même que je ramassais petit pour jeter sur tiffany, une marque d’affection quand on découvre à la maternelle Jean Montala – Limoges la sociabilité, est un produit de plus en plus rare et négocié âprement à travers nos pays qui ont besoin de cailloux beaucoup plus que de nous. Tiffany, c’était ma première amoureuse et c’était symbolique car Zack Morris c’était Mark Paul Gosselaar et Kelly Kapowski c’était Tiffani-Amber Thiessen. Marc et Tiffany à Limoges, à la vie comme à l’écran, je ne parlais pas aussi bien pour l’exprimer du haut de mes cinq ans, mais c’était ce que je pensais de tout mon coeur. Cette dernière, Tiffani-Amber Thiessen est devenue ronde, cela ne se voit pas sur Google images, mais je le promets. Dans la série White Collar, elle est belle dans une rondeur dissimulée habilement par un gilet cachant les épaules et une robe qui dans le rer permettrait de voir sa culotte, et surtout le détail précis de ses cuisses, vu comment elle est assise. Mais c’est un plan américain que le réalisateur a préféré et on ne voit que sa tête jolie bouffie. C’est une vraie ronde et si elle n’était pas Tiffani-Amber Thiessen, elle ferait un blog de rondes qui seraient commentés et appréciés car elle dirait, j’en suis certains, des trucs intelligents sur le fait d’être grosse, d’être bien fat. Et nous serons plus obligés de nous taper les pensées de rondes marxo-à la rue – Un jeu de mot meta blogosphère se cache dans cette dernière phrase. Mais elle est Tiffani-Amber Thiessen et n’a donc pas le droit, sur Google Images, d’être ronde. C’est contractuel. Elle est Tiffani-Amber Thiessen et n’a donc pas le droit non plus d’être accepté comme ronde, même si elle est, par les rondes qui décident de qui est rond ou non. C’est moral. Je préfère les contrats à la moralité, ils sont moins cyniques. Et souvent je dis à ma femme que depuis mes 3 ans, je cherchais Tiffani-Amber Thiessen et que j’ai l’impression de l’avoir trouvé à travers elle, dans une certaine rondeur et couleur des yeux, et dans sa réaction un peu posée, décalée de la folie humaine, tout en étant parfaitement inclue dedans. C’est à dire que, enfant de la télé, je n’ai jamais fait mon oedipe qu’avec une autre fille que Tiffani-Amber Thiessen et que j’ai finalement réussi à tuer symboliquement Zach Morris. Amber, ou Ambre, est un jolie prénom. Nous avons nommé notre première fille d’un prénom chargé de tout un tas de symbolique lié à la littérature, lié à un idéal de vie, ainsi que pour ses deuxièmes et troisièmes prénoms, lié à la famille, son histoire. Toute cette symbolique, elle n’en connaitra jamais les détails, je commence d’ailleurs à les oublier moi même, dépassé par sa petite bouille qui rigole quand on lui met une écharpe sur le nez – l’ai-je raconté ? Pourtant cette charge que nous avons mis dans le prénom la suivra ainsi, malgré elle. Elle devra deviner d’où ça vient. Moi c’était Zack Morris – Mark Paul Gosselaar mon Marc identitaire, juste derrière Saint Marc – l’écrivain originel. Et Mark Landers – Kojiro Hyuga.

J’espère que Lou Doillon sera crevée quand ma fille commencera à regarder la télé.


—L’étonnante simplicité.

Ce matin sur i>télé, la speakerine, que la bienséance nomme journaliste, faisait la revue du web. RTL.fr, Lexpress.fr était le “web” selon cette rubrique quotidienne, où il s’agit finalement de lire les dépêches insolites que les médias “sérieux” réservent à la décharge du point éfère. Il suffit d’accoler .fr sur ta gueule pour devenir une grosse merde. Bien fait pour ta gueule internet.

Officiellement devenue la pute de la télé, l’internet ne semble pas dérangé plus que ça, elle est même très fière de ce nouveau statut, persuadé que “le grand monde d’avant” est à ses pieds. Maintenant un hashtag défile pendant une émission et les tweets liés au hashtag sont lus juste avant qu’on balance un écran pub – qui sera lui même commenté sur le réseau. On appelle ça la liberté du peuple, c’est avec ça que se crée les révolutions, c’est un outil formidable, fais moi un bisous. L’utopie du web, auquel j’ai fait semblant de croire longtemps pour draguer via irc, est endormi, mon anus bien écarté devant la dictature de devoir parler sur tout, de vivre à un rythme imposé, dicté par Ali Badou, d’avoir un avis sur lui, sur elle, sur cet actu, sur ce politique. D’être énervé, d’être content, d’être là. Car tout se résume à ça : être là, sinon tu n’es rien. Il est interdit de n’être rien. C’est ainsi que le choix de la mort sociale devient le plus sensé. Je n’ai pas envie d’être social, encore moins avec ma télé. Le lien social qu’elle a avec sa télé, notre nounou, c’est la Météo sur le télétexte TF1. Le jour où ils enlèveront ce service pour le remplacer avec un truc 2.0, la ville prendra feu, elle sera sein nu comme sur le tableau de Delacroix – Je ne veux pas voir ça.

Ce soir sur i>télé, il y a une speakerine, que la bienséance nomme toujours journaliste, différente de celle du matin mais il faut vraiment bien regarder pour le voir. Elle est chargée de lire les tweets à une heure fixe. On se plaint de la UNE putassière de Libération, qu’ils paieront le moment venu, mais avoir une fille en robe pailleté, petit talon haut, qui lit des “timeline” quotidiennement à la même heure, debout devant un draps de soie – vert ici -, ça ressemble beaucoup à un métier connu, illégal en France. Les tweets sont le sperm de cette partouze géante qui tombe sur le visage de cette pauvre fille qu’a toujours eu des bonnes notes à l’école, dont le dossier a été accepté par Richard Descoings et qui après sa formation audiovisuelle, se retrouve à devoir vous avaler sans même avoir le temps de reconnaître le goût, l’odeur. Je vous invite à chercher “bukkake news girl” sur les différents xtube afin de trouver l’illustration adéquate.

J’ai donc fui la discussion. Le monologue permet d’aider cette pauvre fille : elle n’a pas à me lire pour gagner sa vie. Et j’ai retrouvé une étonnante simplicité. Je me léve en faisant un peu la gueule, mais pas trop, cherchant un yaourt. J’ai 3 MMS en attente. Aucun sexto, juste un bébé heureux de vivre. Ma famille est déjà partie, la petite chez la nounou, la grande chez le nounou. Le second paye la première. Je consulte rapidement francetvinfo pour voir si Christine Taubira a montré sa chatte ou non. Et rien. Dans le rer, les upskirt finissent par disparaître, car la fille de francetvinfo – elle va passer la matinée à modérer des commentaires et à nous inviter à cliquer ici et là, une manière implicite de nous supplier à revenir le lendemain sur son site afin qu’elle puisse, indirectement, payer son loyer ; elle a dit qu’il y aura de la pluie. Ce matin la fille est un mec, sur francetvinfo. À partir de BnF, je n’ai plus de réseau.

En ce moment chez Kamel Mennour, il y a Camille Henrot qui pose la question : IS IT POSSIBLE TO BE A REVOLUTIONARY AND LIKE FLOWERS ? Moi avec ma tête, j’y rentre comme dans un camp rom – que quelqu’un a pensé à fleurir, on me regarde comme si ce n’était pas ma place. C’est vrai je n’ai pas d’argent pour Camille Henrot. Je ne m’inquiète pas pour elle, les collectionneurs ont, semble-t-il, déjà tout démantelé.
Camille Henrot a travaillé autour de l’ikebana. L’ikebana est cet art classique japonais que les petites filles apprenaient afin de se trouver un mari, ça a évolué depuis. Il existe maintenant différents courants qui cohabitent plus ou moins bien. En France l’ikebana est souvent proposé par des petites municipalités, sans lien entre elles, où une communauté japonaise a réussi à trouver des subventions pour organiser des biennales ou des salons – ça arrive quand le maire est marié à une japonaise, ou peut-être c’est sa maîtresse. Je ne sais pas pourquoi, chaque fois que mon cerveau découvre un truc, il m’oblige à chercher si ça existe dans notre culture populaire française et sous quelle forme : Chez nous, c’est femme au foyer d’origine japonaise + jeune convertie chômeuse fan de japanime. Récemment un japonais avait investi un jardin de la villette avec cet art. Il avait une allure freak, un blond platine, dans un kimono et posait des roses en plastiques avec d’autre fleurs naturelles dans une boite Ladurée, une totale dégénérescence de la japaniaiserie qui cherche à plaire à une image stéréotypée de la France – la chaine Nolife avait fait un sujet dans “Tokyo Café” présenté par Suzuka “revenez quand vous voulez!” (saison2, épisode 7, juin 2012). Camille Henrot accepte complètement ce schéma de l’ikebana qui appartient à un petit monde simple et légèrement désuet, facile à détourner – comme le point de croix, elle propose des pièces à l’esthétisme définie, respectant scrupuleusement les codes de cet art décoratif quotidien.

Mais Camille Henrot charge ses ikebanas d’idées, s’inspirant d’une bibliographie choisie, ils deviennent des citations, des clins d’oeil – On ne passe pas à côté de Roland Barthes, un jour l’art français s’émancipera de Barthes, je le promets. Ces fleurs sans aucun lien entre elles sont rassemblés et vont, par l’impulsion de l’artiste, au delà de leur décoration, de leur esthétisme, elles vont affirmer une idée qu’on trouve dans un bouquin. J’en reviens à cette discussion constante, en ligne. Nos paroles tendent à devenir un objet décoratif qui permettent d’habiller un jt, une émission du midi, un blabla entre deux écrans pubs. En acceptant d’entrer dans la discussion, nous acceptons de devenir le papier peint des annonceurs, le bouquet de fleurs gisant de la société médiatique. Nous sommes juste un élément de décoration qui va finir par fâner, être remplacé. À nous, à la manière de Camille Henrot avec les fleurs, de retransformer cette discussion, de la détourner, de la refuser quand elle est mauvaise, de ne plus l’accepter à 100%. Cassons le tout participatif et reprenons le fil de notre histoire, car plongé dans le meta, nos private joke, nous avons été dépossédé de notre outil. Comme si le voisin chiait sur les tulipes de mamie et qu’on l’y encourageait. À nous de retrouver une étonnante simplicité, de ne parler que quand il le faut, à nous de refuser d’être repris, d’être cité, de poser les choses là, ou ici, sans artifice et sans espérer quoi que ce soit. Il faut casser l’utopie de l’échange global le temps de reprendre le dessus, le temps de neutraliser. Il faut les dégouter de nous faire participer à leur bouiboui, et réimposer le notre. Sur francetvinfo.fr, la fille qui reprend l’après midi nous invite à lui partager nos bons liens, nos commentaires.

Je lui dis casse-toi.


—La Mauvaise Haleine.

Dans les trucs sous-terrains et pops qui me plaisent dans la culture musulmane – le punk je le laisse à Vice, et les moutons de la baignoire je les laisse à la ‘droite décomplexée’ – il y a la mauvaise haleine du ramadan. La mauvaise haleine obsède les petites rackias de mon quartier à tel point qu’elles ne parlent que de ça quand elles sont entre elles, laissant de côté les sujets usuels que sont dans l’ordre : la mode, les mecs, le r&b, les sms illimités. J’ai, malgré moi, poussé le truc.

Il faut le dire tout de suite, elles sont totalement décomplexées avec leur “haleine de chacal” car il existe un hadith écris aux environs du IXème siècle par Al Boukhari – rapportant les paroles du prophète, qui dit en gros que ton haleine de jeuneur est une odeur encore mieux que le musc aux yeux de Allah. Cet hadith est excellent. De fil en aiguille, j’ai appris des trucs de catéchèse sur les différences entre les hadiths Qudsi qui sont sahih, hassan ou mawdou’ – je mélange un peu tout exprès. Et dans la splendeur de mon humilité, je me suis retrouvé la gueule dans le sable à enchainer les préceptes et à savoir si je devais les interpréter ou deviner une éventuelle corruption. C’est le bordel. Parfois, dans le ton, j’avais l’impression de retrouver une version islamique de Réveillez-vous! – la magazine des témoins de Jenovah, et je comprenais maintenant qu’il était aisé de se faire embrigader dans un délire qui détourne l’essence de la religion musulmane, si on n’avait pas reçu le dîn. J’ai fini par me réveiller dans l’open space en me demandant réellement à quel point je suis taré pour pousser mon érudition comme cela sur un sujet aussi débile que la mauvaise haleine durant le ramadan.

Il est facile de tomber dans les bas fonds de l’internet islamique pour femmes au foyer musulmanes. Ces filles, un jour ou l’autre, seront la force vive et revendicatrice de leur communauté – elles le sont déjà officieusement, et être dans leur cerveau m’a rendu un peu fou, j’étais totalement dépassé par les intérêts de chacune, où des vidéos youtube de cheikh à propos des djinns se mélangent à un gif bob l’éponge, à tel point que je voulais arriver dans une émission en direct, en slip, pendant une chronique de Zemmour et lui crier : “ASTAGFIROULLAH MEC ELLES SEN FOUTENT D’ISLAMISER LA FRANCE, ELLES N’ONT AUCUNE VU NI SUR TA BITE NI SUR MON PRÉPUCE, ELLES VEULENT JUSTE MANGER DES HARIBO SANS PORC EN MATTANT DES SERIES”. Très vite revenu à la raison et dans ma culpabilité schizophrène chrétienne, l’idée d’être entre même temps considéré comme halam (aux yeux d’un musulman) ou terroriste (aux yeux de l’état) m’a traversé l’esprit. Ces quelques forums islamiques girly, je n’ai aucune idée de leur influence, de leur respect du Texte, de leur crédibilité réel, de leur lien avec Al Qaïda ou avec Tariq Ramadan ou avec la grande mosquée de Paris ou le Grand orient de France et je crois même qu’elles kiffent toutes Alain Soral. J’ai vidé vite fait mon historique pour laisser murir un ressenti totalement subjectif.

La mauvaise haleine du jeuneur apparait dans des sketchs que les filles se racontent, où un nouveau super héros muslim arriverait dans le monde pour tuer les mécréants de sa bouche fatale – Le coucher du soleil devient sa kryptonite et il retourne, aussi vite qu’il est revenu, chez sa mère pour manger. Elles rigolent tellement quand elles parlent de ça, que je me demande si la télé mérite encore d’exister. Elles vont jusqu’à utiliser ce smiley qui s’allonge par terre en roulant tellement c’est drôle. Ça m’a fait marrer aussi cet histoire, mais je n’ai rien vu qui synthétisait ce sketch, sauf ce qu’on m’en a raconté : Les petites muslims ont créé le mème éthéré. Il semble finalement que c’est un truc que les jeunes mères utilisent pour décomplexer leurs enfants et futurs jeuneurs – fans de catch et de comics – qui ont tendance à ne pas cacher à leurs daronnes qu’elles puent grave de la gueule. J’ai vu une allusion à ça, aussi, quand elles se vannent sous leurs photos facebook, en période de jeûne, la discussion se finit souvent par un appel du super héros de la mauvaise haleine – il n’a pas de noms. Les plus “comiques” vont jusqu’à proposer des concours de meufs pour comparer laquelle des copines pue vraiment le plus de la gueule et est capable d’atomiser la fratrie en une parole. Les clash d’haleine du ramadan de petite meufs en leggings Zara ? Je tiens le pitch d’une real tv pour Al Jazira Teen.



Et là j’ai commencé à vouloir creuser sur le siwak. Le siwak est un petit bâton filandreux – que l’on peut confondre de loin avec le réglisse – Al Bakhari l’évoque souvent. Mahomet l’utilisait énormément et même pendant le jeûne. Le prophète aurait même dit, traduction littérale que j’ai trouvé le plus souvent, « Si je ne craignais pas de trop charger ma communauté je leur ordonnerais le siwak avec les ablutions. » Le siwak contrairement à la mauvaise haleine est presque tabou. Il n’y a aucune “vanne” autour de l’objet, on entre dans un truc vraiment sérieux car, semble-t-il, c’est proche du prophète. Pourtant à en lire les textes, on comprend que son utilisation est plus populaire que confessionnel. Un hadith vient même rassurer les usagers du siwak car son utilisation ne rompt pas le jeûne – toujours rapporté par Al Bakhari, sûrement dentiste en plus d’être écrivain. Le siwak, aujourd’hui, est plus évoqué sur les forums à la doctissimo, de la personne qui cherche la solution miracle et bio dernier recours avant de s’éclater l’émail à l’acide. La seule fois où j’ai vu un peu de recul et d’ironie sur le siwak, c’est un mec qui dit “si le prophète n’a pas voulu nous l’imposer c’est que ça doit être nocif à force ^^” – smiley petits yeux japonais. On en trouve facile en France. Le siwak se vend dans les magasins qui vendent des produits africains et c’est un truc que les renois ont pas mal récupéré dans leur quotidien. Cela remplace la clope : tu gardes le bâton dans la bouche que tu mâches frénétiquement. Aussi ça donne un petit style “bledard” que les b-boy apprécient pour se différencier des ricains qui ont moins de racine africaine qu’eux. La plupart ne sait pas que ça peut être relié à l’islam et on voit leur réaction sur les forums quand ils l’apprennent, ils deviennent fou de fierté.



Cette fierté, je la vois aussi dans les yeux des meufs sur mon pallier, le siwak elles évitent car ça fait trop bonhomme. Elles ont leur chapelet autour du poignet. Et elles ont toutes de supers dents. Mais elles en profitent toujours pour me rappeler que leur civilisation était en avance sur l’hygiène buccale – décidément toutes les civilisations ne valent pas ; puis, pour le plaisir, elles me vannent sur les chicots de Charlemagne et des paysans de l’occident. On rit bien. Notre orthodontiste, quant à lui, s’appelle Docteur Cohen.


—L’adaptation.

Je me retrouve ce matin, à la rue, afin que se termine “l’adaptation” avec notre “assistante maternelle”. Et me voilà à errer dans un centre commercial très proche banlieue, Villejuif, 8h55 tapante, la gueule pas décidée à vivre une aventure, juste de quoi me trouver un casse-croute, non pas pour m’alimenter mais parce que le mot “casse-croute” ronge mon cerveau tellement c’est laid.

8h55 devant un Carrefour, j’ai découvert le nouveau monde. Il y avait tout simplement 500 personnes amassées dans les allées de la galerie marchande à attendre que la grille soit relevée. Tout le monde bien sage, et je demande à la dame à côté de moi ce qu’on attend. Que la grille soit relevée, elle me dit. Quand le mec en chemise “positive” souffle un truc à l’oreille du mec de la sécu, et lui donne une clef, la foule instinctivement fait un pas. Un seul pas. Une mère avec ses deux filles tient 2 A4, les fournitures de l’école élémentaire Lebon et du collège Karl Marx. Je récite quelques proses d’écrivains fachos pour compenser. La contradiction c’est ma technique pour être sûr qu’existe encore le débat d’idée. La foule, dans le magasin, s’est déja engouffrée. Et je vois la gueule de Mélenchon dans le rayon télé, 549€ promotion, il est toujours là lui, content de rien peser sur l’opinion mais profitant toujours d’un aura fictif, réseauté, que les urnes avaient pourtant, par deux fois coup sur coup, enterré. Mais la France est ainsi, elle a la mémoire comme on éjac. Vite la suite.

Les 500 personnes de l’ouverture, sont déjà 1000 à avoir passé le portique de sécurité du Carrefour. Le jour où ce sera la révolution, j’espère pour la vie de ce gars de la sécu, qu’il a une porte blindée pas loin. Avec mes barres de céréales carrefour discount, je finis dans la brasserie, j’espère toper Le Parisien du jour qui traine pour accompagner le café mais il est déjà squatté. “T’as vu pour armstrong” oui “mais la différence avec anquetil c’est que l’eau était plus chimique qu’une simple distillation” j’esaye d’obtenir un bon mot de comptoir, mais les mecs maitrisent le sujet des banalités et ne tentent pas de polémiquer au delà des faits qu’ils ont lu. J’envie cette simplicité. 9h35, l’hypocrisie du café cesse enfin et un mec commande son premier demi.

Si il est évident qu’il n’existe pas de “diktat de l’allaitement au sein”, il existe un réel “diktat de l’obligation d’avoir une opinion”. Le fait d’allaiter au sein ou au biberon n’est ni politique, ni un problème de santé publique, c’est un choix privé qui n’a pas à être discuté ou dénoncé. Juste à respecter. Je crois pas qu’on soit arrivé à un point où il faut décider son allaitement comme on choisit la politique de son pays, ou l’utopie de sa vie. Fais ce que tu veux ma grosse. N’essayons pas de créer un clivage là où ça n’existe pas. Revenons à la simplicité, à la vie privée. Dans le luxe de nos pays occidentaux, chacun nourrit son enfant comme il a envie. Et je regarde cette vieille coquette avec son petit fils se boire 2 cafés serrés “sur le zinc” pour essayer de tenir la journée. Ça fait 5 minutes qu’elle n’arrête pas de courir derrière le blondinet, sa hanche qui fait des 360° finira bien par lâcher. Lecteurs de Slate, nous ne sommes pas les psys de Titiou et nous voulons arrêter d’être pris en otage dans sa démarche maladive de déculpabilisation d’avoir démoulé un gosse. Fais-le comme tu le veux ton gosse et laisse nous tranquille, tkt, on a fait les notres. Je veux juste lui rappeler qu’elle a oublié de prendre toute la documentation sur l’allaitement. Que seule sa parano croit en la saturation de campagne pro-allaitement au sein. À côté de ce qu’elle nomme diktat, il y avait aussi des brochures pour donner le biberon, le sein, la purée, tout ce qu’on veut en minimisant les risque de refiler le choléra (j’exagère) à son bébé. C’est le putain de “diktat des mains propres” qui s’immiscent depuis plus d’un siècle maintenant dans les hopitaux publics. Même chose, un dépliant plus loin, avec le rhume où le diktat du coude plié pour protéger la bouche veut s’imposer depuis le H1N1. JE NE ME PLIERAI PAS À PLIER MON COUDE ! Mon prochain article sur Slate.fr.

Quand ma femme a choisi le biberon au lieu de ses nichons, personne ne lui a rien dit à la maternité. Lors de son inscription la puéricultrice m’a demandé “au sein? au biberon?”, elle a coché la case biberon et a préparé un carton de Guigoz. Ce que la malhonnêteté nomme “diktat de l’allaitement au sein” n’est qu’en fait un point administratif et gestion de stock du lait maternelle. Ma puéricultrice rend des comptes à sa hiérarchie qui négociera ensuite le prix de Guigoz lors d’un appel d’offre, souvent truqué. Le bébé né, la puéricultrice m’a montré trois gestes pour bien l’allaiter, c’est comme si elle venait de me filer un million d’euros. Son surnom c’était “fanfan”, je l’ai retenu pour quand je reviendrai dans 3 ans.

Je viens finalement de reprendre mon enfant chez l’assistante maternelle, elle dormait dans sa poussette, la nintendo DS de notre nounou était posée, allumée, sur le matelas de la table à langer. Je n’ai pas pu voir l’age de son cerveau. Un dessin animé tournait dans la télé. C’est finalement moi qui, chez elle, rêve de me faire garder. Cela fait aujourd’hui 366 jours que je suis marié, bientôt 4 mois que je suis papa, j’ai même payé toutes mes cotisations à la MDA. Je crois qu’en 2012, je suis ce qu’on appelle un marginal.


—Créons l’hystérie suivi de La jupe chez les identitaires français.

Je n’en ai pas l’air comme ça, mais je pense souvent à Marine Turchi qui seule face à son courage avaient affronté un retraité intransigeant lors d’un meeting de Sarkozy. Le vieil homme, comble de la violence contre les libertés de la presse, lui avait arraché… son badge et l’avait bousculé très violemment à tel point qu’elle est allée déposer une main courante, non sans sécher quelques larmes. En fait j’en ai absolument rien à foutre, mais je garde toujours cet évènement en tête pour illustrer à ma fille, dans mon cours magistral sur l’éducation face à l’anarchie, de la facilité qu’on peut avoir à créer l’hystérie sur un sujet qui nous semble préoccupant vu de son nombril mais qui est, à vrai dire, complètement isolé et nul. Ici Edwy Plenel avait “leaké” la main courante de sa journaliste accompagnée d’une longue diatribe – qu’on a tous oublié ; pour tenter de mettre dans les têtes un “thème” – comme les rapeurs – : La violence contre le journalisme est organisée car ils sont les seuls à dire la vérité. (sur les magouilles et compagnies là).

La vérité c’est qu’à part les chiens écrasés, le grand public ne lit pas les journaux “au quotidien”, et regarde sa presse avec un certains mépris. :’(. Tout le monde en est conscient mais s’en fout, car “la qualité primera toujours” et les ventes finiront par suivre si on poursuit “notre combat de l’information”. Don Quichotte assumé, on ne va pas s’y attarder. En fait, la presse d’opinion comme la presse de sport n’est lu et rend hystérique que pendant les gros évènements “à épisode” : coupe du monde, J.O, présidentielle. Et encore. Le reste du temps, on y lit que le carnet des décès de la presse locale pour dire à sa femme “tiens, le petit du voisin s’est bien tué en voiture samedi. Bien fait pour sa yeule”. Le petit du voisin, comme Whitney Houston, avait un problème de médoc et d’alcool. Moi même durant les vacances, je ne lis plus que les journaux locaux de mon lieu de villégiature et les brochures de communication institutionelle (vivre ma ville, Soleil de ville, etc.), et souffle un peu face à ‘l’hystérie organisée’ en appréciant l’orage qui a perturbé la fête du centre aéré – les enfants se sont quand même amusés. Félix Fénéon, encore lui, avait magnifié cela en trois lignes.



L’hystérie organisée : Si je repense à ça, c’est après la video de la belge en jupe qui se fait insulter. Elle a réussi, elle aussi, par une manip’ fatale à mettre dans les têtes que toutes les filles en jupe se font, quotidiennement, copieusement insulter juste parce qu’elles osent marcher dans la rue. Si le principe de base est intéressant artistiquement (il faut, dans cette dernière phrase, saisir toute mon ironie) : faire un film pour exagérer une situation et créer une conscience, le résultat reste encore plus pathétique d’un cheveu de Marine Turchi dans la main d’un militant UMP. La vidéo n’avait fait aucun bruit sauf un sujet du 13 heures de la RTBF. Là encore l’histoire était belle, mais ces petits cons d’identitaires sont venus à la fête, ont pris ce qu’ils ont voulu et sont repartis en chiant sur les tables : Ils y ont vu que des “immigrés” et ont cité la réalisatrice avec une phrase qui ne lui fait pas honneur. “Je ne le dis pas volontiers, mais il s’agit de personnes allochtones dans 95% des cas”, grimace notre interlocutrice.”

Il faut savoir que la “jupe”, loin devant le jambon, est un thème cher aux identitaires Français, qui y voient un symbole de liberté face aux “cultures archaïques” qui “nous envahissent”. Ils parlaient de jupes bien avant que les mouvement “neo” féministes s’en emparent pour leur journée de la jupe – que j’ai pastiché avec plaisir sur Le Tag Parfait. La simple recherche “jupe” sur fdesouche, montre à quel point ce thème est important dans le langage identitaire. La “jupe”, pour eux est la preuve de l’échec de la mixité sociale et est une source inépuisable des “agressions venues de l’immigration”. Aussi, la jupe est un objet fétiche de séduction et d’affirmation de la “jeune” “fille” qui devient “femme” : cette dernière est la nouvelle base électorale du mouvement Front Nat’-Bleu Marine et il faut satisfaire, pour elles, ce thème. Sous-entendu : porte une jupe, on te défendra. Ce qui est drôle c’est que la jupe, chez les ni putes ni soumises, est devenue l’objet des libertés alors qu’aux origines c’est bien le fait de porter un pantalon “comme les hommes” qui a valu les premières prises de conscience féministes. Je n’ai pas le temps d’analyser ce grand retournement (je ne suis pas doctorant en paradoxe humain) mais je crois comprendre qu’il existe un point commun entre les identitaires et les ni putes ni soumises et ce dernier tient en un jolie mot : Reactionnaires. C’est ce même mot qui m’avait permis d’affirmer sur bsahtek que Les Lascars reviennent du Front. (lire ci dessous).

Par le jeu de l’hystérie, la vidéo avait fini par atterir chez nos féministes avinées de twitter. Auto proclamées militantes au strass etc, ces filles savent faire du bruit que pour leur truc. Le féminisme a remplacé la barbie chez elles, sans intermédiaires dans la création de leur modèle social. Grâce à twitter elles profitent, pour faire valoir leurs paroles nauséabondes, de la défiance des élites et d’être une inconnue (“attachante” aux yeux du réseau). Elles gagnent la crédibilité car elles n’ont justement aucune raison d’être crédible. Ces filles s’étaient donc emparer du sujet de la jupe et avaient diffuser la video de la RTBF (capsé par un souchien) faisant soin de nier le langage identitaire suintant, l’indignation organisée n’était en fait qu’un piège habituel des souchiens qui peu importe comment le message passe, comment le message est perçu : il faut qu’il passe et s’intègre dans l’inconscient populaire, dans le sentiment. Sans y toucher car, pour eux, ce sera à Le Pen (ou n’importe qui) de faire la synthèse aux prochaines élections. La nouvelle extrême droite, habile des réseaux sociaux, du partage de video, pourraient tout apprendre aux agences de pub car ils arrivent à braquer les coeurs humains et en détiennent le monopole. Ils font le tout sans y toucher et j’avais déjà remarqué cela lors de mon bilan des élections. Le Pen ne fait pas 20 points parce qu’elle profite de l’abstention et du vote sanction, non elle fait 20 parce que ses thèmes influencent le grand public bien plus que la moustache d’Edwy Plenel.



Si il faut faire un bouquin sur ces micro événements contemporains de l’extrême droite et de la communication identitaire – ce serait une bonne idée que je le fasse oui ; je dirai que la video originelle de tout cela, c’est ce gars dans un bus noctilien qui s’était fait victimiser. La video avait été posé là par le Bloc Identitaire, sans faire de bruit, et était ressorti six mois plus tard dans l’hystérie totale sur les réseaux “blog influents – twittos” car elle avait lancé un débat “fake ou pas fake”. Et quand tout le monde a compris que non ce n’était pas fake et que c’était la putain de réalité et qu’on s’était tous bien fait enculer d’avoir diffuser, plus que la video, l’ambiance de la video… on est retourné à nos chats et nos mp3. Depuis le message est plus clair sur google quand on cherche “aggression noctilien”, je ne donne pas six mois à ce que la recherche “jupe” sur google devienne un clip de campagne Front National.


—Try Again d’Aaliyah – L’hymne clivant de ma génération.

Né en 1986, j’ai vécu comme une renaissance mon dixième anniversaire avec la sortie d’Homework des Daft Punk (1996) qui a installé les fondations de ma culture. Une culture que j’ai complété grâce à ma curiosité naturelle et une érudition discogs+bitorrent+disque dur. L’école ne m’a servi à rien sauf à m’occuper entre deux téléchargements : Oui, l’ADSL balbutiait à cette époque.

Mais si Homework est arrivé comme un pavé dans ma gueule d’enfants, je n’arrive pas à dire des Daft avec un air définitif : ça c’est moi, le reste ne vaut rien. Il m’est impossible de dire que “c’est le son de ma génération” car le son des daft n’est en rien celui qui a créé les grands conflits musicaux de ma génération – dont la quintessence sont ces “défis” Facebook où l’on choisit son “coter”. Au contraire, les Daft Punk font, bien malgré eux, parti de ce consensus musical mou que tout le monde a écouté et apprécié, membre du conglomérat du “goût qui ne froissera personne”. Les “charts” Last.fm révèlent d’ailleurs ce conglomérat mainstreamo indy : On y retrouve pêle-mêle The Strokes, M83, Coldplay, Radiohead, Bon Iver, Muse, The XX.
Paradoxalement, BORN SLIPPY d’Underworld, dont le reste de discographie m’ait particulièrement imbuvable, donne plus d’info sur ma culture que DA FUNK. Mais Born Slippy, je le laisse à mes grands frères. Je me devais quand même de trouver l’hymne qui a structuré les grands principes musicaux de ma tranche d’âge.

Try Again d’Aaliyah est arrivé à une période où les gens de mon âge, par l’augmentation combinée de leur argent de poche et de la consommation de stupéfiants, ont voulu absolument plongé dans l’experimental. L’experimental rap, l’experimental techno, l’experimental doigtage. Très vite les références ont basculé, pour les “rockeux” de Kid A de Radiohead au label Warp, pour les hip-hopeux de Jay-Z au label Nina Tune. Je schématise. Cette horde pouvait maintenant aligner des références adultes, poussés et vivre dans l’illusion d’être à la pointe, ils n’ont pas trop insisté car je n’ai encore jamais vu une fille de 1ère L accepter de se livrer après l’écoute attentive de Go Plastic par Squarepusher. Moi, qui étais déjà un petit gamin des musiques électroniques, j’avais assimilé grâce à Soulseek, un ou deux forums, quelques revues, les différentes tendances expérimentales européennes des 90′s et je cherchais par tous les moyens le truc rafraîchissant toujours dans l’avant garde et succeptible de plaire à une 1ère L. J’avais tout simplement ultra mal au crâne au quotidien, et il fallait que quelqu’un me synthétise vite le bordel qui j’avais créé dans ma tête.

Pour ce genre de trucs, il faut toujours faire confiance au mainstream plus qu’à la subculture, et Try Again en est l’exemple évident. Timbaland a su bouffer les influences techno “syncopés” de la culture européenne et les placer en accompagnement d’une icône montante, starlette U.S. de l’entertainment qui commençait tout juste sa carrière à Hollywood, avec un kung fu de série B. C’était un peu le rêve fou qu’on avait tous début 2000 : que Britney Spears soit produit par Aphex Twin. Try Again d’Aaliyah promettait réellement ce monde où on avait enfin tué tout ce concept naze et inconcevable “d’intégrité” culturelle. Écouter Try Again était pour moi le truc le plus transgressif et expérimental à faire quand j’avais 14 ans, loin devant le rap violent et le porno que j’avais déjà mis de côté. C’était le viol du mainstream, le viol de la techno. La promesse qu’il n’y ait plus aucune convention culturelle et dans ma tête, j’étais heureux devant cet aboutissement. J’étais impatient de voir comment ces jeunes B-Girl allaient danser sur Closer de Nine Inch Nails, le corps huilé dans un Sisqo Shakedown.

Ce monde n’est jamais arrivé, Timbaland s’est tué dans l’auto parodie (wikiwki scratch) et a plus aidé à l’avènement de David Guetta dans le mainstream U.S. qu’à la partouze multiculturelle polyphonique. MTV s’est pris les pieds dans le tapis de la (télé-)réalité, on l’a laissé là comme on laisse son premier amour dans notre ville de province. Les jeunes B-Girl ont fini par préférer la culture de leurs origines que le mainstream U.S. Elles n’ont pas arrêté de bouger leur cul. Le monde promis par Try Again d’Aaliyah est resté dans l’idolâtrie des quelques initiés. Pourtant ce morceau permet de voir tout de suite à qui on a “à faire” socialement, lors d’une discussion : Ceux qui ont compris le package complet et ceux qui ne sont arrêtés qu’au produit.

C’est pour ça que ça me fait toujours marrer de voir Para One dire avec son air assuré et son arrogance calculé, sans rire, que tout vient en France de la culture “TTC” dans laquelle il a hautement contribué. Si je n’ai rien à enlever à Para One, qui devient peu à peu le Bob Sinclar 2.0 – Schéma classique du premier album posant les fondations du culte et l’apogée d’un son (Paradise pour Sinclar), du second album introspection-maturité-hommage à sa culture (Champs Elysées, un hommage à Cerronne, Phantom of the Paradise et au “discofuck”), suivra un troisième album, je le sens, qui fera la musique d’une pub Sprite (souvenir). J’ai envie de lui rappeler qu’en terme d’influence musical, il n’a malheureusement jamais dépassé 1% de l’influence générale qu’a eu, Try Again par Aaliyah. Je ne peux discuter sérieusement de TTC qu’avec 3 nerds éclairés – le reste, pire que le mépris, s’en fout ; tandis qu’Aaliyah ouvre plus d’inspiration à la bataille d’idée, à la musicologie, à l’analyse… On remarquera d’ailleurs qu’en faisant la star ac et en gardant la production “indy”, seul Booba, en France, a atteint ce graal que Jean-Baptiste de Laubier essaye de s’approprier. Quel bordel (quand on rentre sur la piste).

Aimer Try Again d’Aaliyah et le jouer sans honte ni nostalgie, aujourd’hui, c’est comme un “check” franc-maçonnique. C’est ce titre qui m’a permis de comprendre qu’elle était ma famille musicale : l’avant-garde. C’est dire au monde que le plus expérimental & pointu a toujours été de produire une musique de masse à double lecture. Depuis, malheureusement, on est tous retourné à nos niches.


—Les musiques électroniques en France, pour les nuls.

Tous les trois-quatre ans c’est la même merde, on essaye de nous imposer (over-hyper) une french touch dont on se bat les couilles depuis que nous, le grand public, avons trouvé un vrai métier et mangeons à notre faim – ce qui nous empêche de sortir la nuit.

On retrouve toujours la même recette dans les musiques électroniques fabriquées en France, toujours la même belle histoire dont on se délecte d’interviews en interviews et de chroniques qui viennent polluer notre presse spécialisée quand elle veut trop s’y attarder – car il y a toujours un pote dans la presse spécialisée qui réussira à convaincre son redac chef, quand ce n’est pas le redac chef lui même, azimuté, sorte de Philippe Manoeuvre version “Haçienda”, qui connait Laurent Garnier, continue de l’appeller DJ Pedro, et sait “reconnaître ceux qui feront l’histoire”.

Comme je suis sympa et que nos enfants vont être bientôt ado et produire du “lourd”, j’ai écrit ce petit pas à pas qui fera entrer n’importe qui, à coup sûr, dans la grande famille de la techno Française et vous pourrez avoir deux dates à Auckland (contrairement à la vanne populaire qui dit que dés que tu produis un truc en Europe, tu as déjà mille fans au Japon, c’est la Nouvelle-Zélande qui est et restera l’eldorado de la french touch 1.0, 2.0 et 3.0). Avec un peu de temps, on pourrait presque en faire un jeu à la GTA avec le pad DJ HERO, mais la subculture française dans les jeux video n’a jamais réussi à dépasser le Parkour. Je suis en pourparler avec Rockstar, tkt.

La ville de Province. C’est le point de départ de toute French Touch depuis le début, une bonne ville de province où “on se fait chier”. Il faut la porter comme étendard afin de se mettre en opposition avec la “techno à la papa parisienne” (qui n’existe pas) et “l’establishment institutionnel” (mais pas trop, ils financent les soirées). La ville de province permet d’affirmer son intégrité de l’ennui mais aussi vous donne l’excuse de faire de la merde irraisonnable qui sera un jour ou l’autre définitivement trendy. Si en plus, comme Robert Pires avant Arsenal, vous avez rencontré votre meuf dans un club de province et qu’elle habite toujours la ville de votre Lycée, vous obtenez le pass ultime French Touch techno/house credibility. Pensez-y.
RISQUE : Attention à ne pas noyer votre carrière en marchant sur le bord du canal au retour d’une soirée – lire ici et ici. Bonus: Vos potes, ces nerds ironiques, porteront un t-shirt avec votre tête, et un message du type “Free Eric LOL”.
POUR 2015 : Après Bordeaux, Reims, Lille, etc, les villes de province commencent à se raréfier. L’avenir viendra peut-être des villes de banlieues lointaines, comme un retour aux sources. Versailles étant toujours impraticable, je conseille à ces artistes de se replier vers Étampes dans l’Essonne, son asile fera de bonnes accroches pour vos potes journalistes, ou encore Meaux dont les habitants, les Meldois, et son maire, le Copé, ne manqueront pas de créer la réputation que vous méritez.

Le Bon Délire. Bien sûr, impossible de devenir un artiste de musiques électroniques françaises si il n’y a pas le délire communautaire qui va avec. Le communauté gay qui, au prémice de la techno décidait de vie ou de mort, n’a jamais vraiment accepté ces petits blancs heteros, il convient de les ignorer de les laisser avec leur assoc, leur deep-house et de revenir au seul bon délire qui fonctionne et fonctionnera : LE META NERD. Sentir la tendance internet et faire son petit humour clin d’oeil, <;o), de copains de forums, accepter la monstruosité de l'internet et la retourner en sous entendant "je maitrise la bête", c'est là le secret de la French Touch depuis toujours. Que vous soyez robot, petit gros, bourgeois à lunette fan de SFIVAE, compositeur de musique pour jeux video iphone, vous avez votre truc de META NERD mélancolique :') mais aussi plein d'humour XD qui a un regard vrai sur ses contemporains 8-|. Il faut ratisser large et bien entendu chier sur tous ceux qu'étaient là avant (sauf si vous avez signé sur leur label). Toute la force du meta nerd est de se renouveler dans la moquerie lisse et sympathique afin de se démarquer de cette masse, de ses pairs et de ses pères, le tout enveloppé d'un gif Geocities. Du blog imfé tro rir sga aux réponses de tweets avec "humour" sur le très respectable Vice, en passant par la page personnelle PANTEROS.BIZ, vous avez de très bons exemples de "bon délire". Essayez de créer le votre, c'est facile, il suffit de trouver votre smiley, votre niche et un tutorial after effects pour en faire une video.
RISQUE : Croiser les META META NERD qui ont aspiré internet, n’ont jamais rien fait de leur vie, n’oublient rien et continuent de hater pendant 20 ans – voir ici.
RISQUE (2) : utiliser un gif de LEMEME.COM sur votre fan page (vous avez le droit de les regarder en privé pour rigoler).
Pour 2015 : personne n’a encore osé faire sa promo sur les boards de PC INpact, dernière board de nerds dégénérés qui vendent ce concept inégalable “d’INpactitude” et ce avant même que nos darons nous payent internet.

La musique. Peu importe ce que vous faites, le produit “musique” est celui qui se vendra le moins et dont la monétisation est la plus incertaine : Ne perdez pas trop de temps dessus. Qui sincèrement a déjà écouté un disque de Club Cheval en entier ? Sans tenter de se suicider ? La musique dans la French Touch a toujours été un prétexte à faire une jolie pochette ou un jolie clip. Maintenant tout est fait pour faire des vues en une sur Dailymotion. La french touch n’utilise pas trop youtube, car son pote responsable éditorial a eu le job chez dailymotion et non chez Google – il fallait habiter Dublin pour ça. Dans l’idéal, utilisez un logiciel et tous les samples de la marque “eJay”, cela apportera une nouvelle touche d’ironie quand ce sera découvert. Si votre personnage (votre branding) se veut sérieux, libre à vous de parler textures, vintage house, synth en fumant des clopes pour un EPK saisissant qui restera plus longtemps que votre LP. Souvenez-vous : les agences qui vont bientôt vous payer pour faire une pige n’écoutent pas la musique mais regardent les EPK. N’oubliez pas non plus de citer Mr Fingers au même titre que DJ Fred & Arnold T.
RISQUE : Il se peut que Mr. Oizo ait déjà tout fait dans l’humour, le travail d’agence et la musique inécoutable.
Pour 2015 : Fini le postmodernisme et les reprises des visuels du générique de Sauvez par le Gong, comme un Sottsass sodomisé par le mainstream, par les graphistes bienveillants et plutôt cultivés, il faut avouer, du “ill studio”. Ils seront enfin remplacés par des dessins d’enfants scannés en 30 dpi et détourés à la “baguette”, tellement plus crado, XXIème siècle, post post modernisme. meta meta post techno touch post meta. Je meure.


—J’ai parlé avec une zoulette gynarchiste.

L’un des paradoxes les plus fameux des copines du quartier, c’est ce mélange de revendications féministes d’avant-garde dans un idéal familial plus vu depuis 1967 en France. Sauf la transmission de son “dîn” contre un diner gratuit, l’idéologie utopique de la gynarchiste de quartier se résume à rester à la maison dans le luxe d’un salon test proposé par un Darty de province.

Elle se veut émancipée mais au foyer : Salaire, carrière, liberté d’opinion elle a autre chose à foutre comme trouver de nouvelles sapes, finir un truc sur une PS3, parler sur le “chat facebook” et martyriser mentalement deux trois gars du quartier voisin. Saphisme jamais avoué, c’est surtout dans l’onanisme qu’on la retrouve – C’est pour ça qu’elles deviennent souvent ministre. Sa vie s’arrête quand elle perd son forfait millénium parce que son cheptel ne l’a pas payé, comme promis par la chanson Bills Bills Bills des Destiny’s Child, hymne fondateur de la gynarchiste de rue. L’alcool, elle n’en boit pas, spermophobe, tout ce qu’elle fait est déjà bien difficile à avaler. Elle fume quand même un peu et te taxe des chewing-gums pour ne pas puer de la gueule. Sexuellement il n’y a que la déviance qui l’intéresse, étouffée par la reproduction familiale elle s’est affranchie ainsi : D’un talon de dix centimètres qui appuie la prostate. L’orgasme elle ne connaît qu’à travers vous, petit homme, quand vous êtes par terre, gémissant, ou que vous lui payez son loyer cet été, pour le reste elle vous traitera de petites merdes en vous faisant miroiter sur la tonsure de son vagin.

Gynarchiste de rue


Quand j’ai commencé à collectionner quelques “auvergnates” qui vendent des pipes sur des sites d’annonces gratuites (lire ici ma note d’intentions), j’espérais surtout ne pas croiser les quelques vieilles retraitées et Catherine Millet, nostalgiques de leur internat et du gougnottage institutionnel. C’était sans compter sur Samira, prête à faire nettoyer à tous ses servants son nouveau appart’, en leur collant la gueule sur le lino, de ses Nike série limitée. On a échangé sur le net “vite fait” “t’as vu”, je lui ai posé mes questions, elle est très sympa et ouverte : Elle n’a pas essayé de faire revenir ma bite dans un tajine.

C’était comment ta rencontre avec la gynarchie ?
Je sais pas si on peut parler de rencontre, mais dés le début du collège, on était une tribu de copines et tout. On faisait les “bonhommes”… Et on foutait le dawa, on aimait bien mettre les gens, surtout les garçons, les profs, à l’amende. Après c’est devenu un jeu, je voyais que je me faisais désirer car j’avais un caractère et beaucoup de mecs aimaient ça et se mettaient à mes pieds, m’achetaient des trucs, m’envoyaient des textos pour rien. Alors je jouais avec eux comme une gamins. Je créais des histoires, des embrouilles et ils se tuaient pour moi. Je vais te dire : les mecs ont tendance à croire qu’ils vivent dans un film romantique avec la fille naïve qui envoie des textos bizarre), on pourrait croire que ces films sont pour les filles, mais non, tous les mecs que je travaille, vivent comme ça dans ce délire amoureux, servile. Sinon, quand j’avais 17 – 18 ans, je travaillais les mecs sans savoir ou connaître le mot gynarchie, jusqu’à que je rencontre une meuf à mon ancien taff, qui m’a parlé de ça et tout. Elle était tarée comme dans une pub le soir à la télé, je lui disais tout le temps “t’es une meuf de téléphone rose toi”. Un soir, elle m’avait invité à un ciné et le mec avait tout payé et était parti nous attendre dans la voiture, après elle me dit on va boire un verre chez moi et le gars était à nos pieds, il ne faisait rien. J’ai flippé mais c’était sympa. Alors après j’ai fouillé sur internet ce que c’était, j’ai lu des forums, des blogs, je me suis initié sur un gars puis deux et tout.

T’as beaucoup de réponses de mecs, vous faites quoi en première séance ?
J’ai des réponses normales quoi, beaucoup de faux gars qui ont besoin d’exister. J’avais déjà un petit cheptel avant cette annonce. Ils ne deviennent esclave que quand je l’ai décidé après des cadeaux, des sms et tout. Les mecs s’inventent direct des scénarios et se racontent, moi je dis peu de chose et j’essaye de voir si ils sont sincères et prêts à me servir. Je suis pas dans le scénario, je suis dans l’envie. Mais ça se voit tout de suite un keum qui veut juste du SM et juter sur ton parquet : Il est radin. Moi je ne veux pas ça, il n’y a pas de séances d’ailleurs comme tu sous entends, c’est juste ma vie.

Ils ont le droit d’avoir la gaule quand même tes gars ?
T’as pas à savoir. Ça dépend de moi, ça.

OK. C’est qui ton rapeur préféré ?
Je n’écoute pas de rap, je connais pas les noms et je m’en fous. Je n’écoute pas beaucoup de musiques il faut dire. À part des K7 qui viennent de la voiture de la famille et un peu la radio vite fait.

L'infographie 3D, une passion gynarchiste


Il est sympa Alain Soral ?
Je le connais pas, c’est qui ? Un pote à toi ?

Non, mais il veut l’égalité, la réconciliation et ça m’a l’air d’être ton truc. Tes collègues masculins, ils flippent de toi ?
Je suis au bureau à mi temps. Je n’ai pas trop de contacts avec des collègues, sauf “bonjour” quoi. Ils ne savent rien de moi, et je vais bientôt partir, quand suffisamment de fidèles paieront pour moi.

Socialement, avec toi, il y a moins de délinquance dans le quartier ?
Je peux pas répondre à ça, t’es un peu bizarre avec ta question. Mais je crois comprendre où tu veux en venir et si tu veux savoir, les mecs de mon quartier ne sont pas trop gynarchistes, ils ne se couvrent que de cadeaux entre eux. Ils aiment bien se faire victimiser, mais que dans le jeu du “dominé” le temps d’une soirée. Ou les vrais dominés sinon, ils sont gays et se branlent entre mecs et ne supportent pas les filles. Ils vivent pour la bite, très masculins machin, et préfèrent se faire enculer entre “mâles”.

La plupart des mecs que je connais n’ont pas besoin de t’avoir rencontré pour être de véritables toutous soumis à l’autorité gynarchique de leur partenaire… ce sont les mêmes qui répondent aux annonces ?
Je ne connais pas de mecs au delà de leur soumission pour moi. Ils ne sont rien. Ils ne répondent qu’à mes demandes et je pense leur accaparer suffisamment de temps, d’argent, de tout pour qu’en plus ils aient une meuf à satisfaire. Je suis suffisamment habile pour empêcher mes gars d’entretenir une relation avec quelqu’un d’autre. Sinon, je connais bien ce genre de meuf et elles sont du genre à fouiller les portables, les machins, elles sont capables de s’armer pour me tuer si elles découvrent 1% de ce que je pourrais faire faire à son mec pour mon plaisir. Tu dis qu’elles sont gynarchistes ? Moi je pense pas, elles n’aiment pas la femme, elles n’aiment pas la domination féminine. Ce sont des victimes. Elles ont ce caractère car elles sont incapables de retourner leur mec, elles sont faibles, alors elles font du chantage. Moi je ne fais pas de chantage, c’est pas du “tu joues moins à la console, tu parles pas à ces filles et je te fais une pipe” non, moi c’est “j’ai envie de faire un tour en Audi TT samedi” et le samedi, il vient avec une Audi TT et il me file les clefs, je pars en week-end, et il m’attend sur le trottoir. Comme on dit, c’est mon bon vouloir.

J’ai toujours vu mon père rien foutre à la maison, pendant que ma mère se tuait à la tâche, tu lui dirais quoi à mon daron ?
J’ai pas envie de lui parler à ton daron. J’accepte les seniors par contre, j’accepterais ton daron et lui apprendrait à aimer les femmes et la gynarchie si il se repent. Mais en vrai, j’aime pas leur façon de faire aux seniors. Ils sont dans leur plaisir; une petite jeunette qui va donner des ordres, ils éjaculent dans la minute. Ils ne font rien pour mon plaisir, or moi je ne vis que mon plaisir. Je ne vis que du pouvoir que j’ai sur eux en tant que femme.

Mais mon daron adorait ma mère ! Plus que tout !
Il faisait son homme, en mimant l’adoration, pour obtenir d’elle la soumission et sa reproduction. Une stratégie masculine bien connue.

Une Europe Gynarchiste, pour les subventions des infographistes 3D


Quel malin. Si j’écrivais une théorie générale de la gynarchie sous un pseudo féminin, t’arriverais à déceler que c’est une “bite” comme moi qui l’a écris ?
Je ne suis pas dans les livres, les machins, les théories, les scientifiques, il y a des filles qui font ça mieux que moi. Moi je parle, je donne des ordres, je soumets. Mais je pense que ces filles, qui lisent, qui font les intello et tout arriveraient à voir que tu les manipules.

Tu penses quoi de cette rime “ferme un peu ta gueule, va me faire un steak frite / Tu m’as fait mal au crâne, j’suis à deux doigts de te court-circuite”.
C’est le genre de trucs que je peux dire, ça vient d’où ?

De Booba, le chanteur de rap.
Ah bah ui, j’aime bien en plus.

Est-ce que tu féminises le mec quand t’es avec lui du genre “allez viens ma pute” ?
Moi, je ne donne jamais de surnoms à mes mecs. Je ne les nomme pas, au mieux c’est un numéro dans mon répertoire.

Si tu donnes une photo de toi à ton soumis, il peut te rendre hommage en éjaculant dessus ?
Mes soumis m’idolâtrent comme je le veux. C’est rarement avec de la semence.

Ouais. Alors qu’est ce tu fais si un mec trouve ta photo, se branle dessus, et te la renvoie certifié de son sperm ?
Sois fier de ta question mais c’est tout, je n’y répondrais pas.

Sinon, petit conseil, j’ai plus de chance de me faire kifer avec Najat Vallaud-Belkacem ou Fadela Amera ?
Je ne les connais pas, mais j’ai fouillé internet pour voir c’est qui. Je crois que la première n’est pas très gynarchiste, sur les photos on dirait une poupée qui faut pas casser… Vallaud, c’est le nom de son mec on dirait, elle doit être un peu soumise normale quoi. Comme toutes les égalitaires. Fadela Amara je sais pas quoi dire d’elle. Si tu aimes te faire kifer en rangeant ta bite, elle pourrait faire l’affaire ou sinon tu m’envoies un paypal.


—Pas trop fatigué le p’tit papa ? Nouvelles perspectives de la paternité.

Les gens ont toujours un mot sympa pour moi, “alors le neo-papa?” “les nuits sont courtes?”, l’image de 3 hommes et un couffin est encore bien ancré dans l’inconscient et il est très facile de me voir comme étant débordé, enseveli inexorablement sous les nouvelles responsabilités – Avant de symboliquement tuer le père, il fallait commencer par Coline Serreau. La vérité c’est que je n’avais jamais autant joué à un MMORPG depuis le bac. Elle est devenue, ma fille, la maitresse du temps, un temps beaucoup plus long et maitrisé que celui de la vie active, moderne, de nos folies humaines. Elle m’offre le loisir d’obtenir “l’epic stuff” à 3h du mat. Et si demain matin je suis crevé c’est “parce qu’il y a bébé”.

L’autre vérité c’est qu’à chaque nouvelle gentillesse, la personne en face de moi a l’impression d’être la première à innover dans sa phrase gentille “combien de chemises pleines de lait ;-) ?”, et bien sûr je réponds toujours avec cette cynique timidité qui me caractérise, un truc un peu évident, un petit merci. Le reste du temps on me dit qu’elle est belle. Et j’ai l’audace de le croire.

Le principal changement dans ma vie est mon rapport aux femmes. Depuis 2 mois, que je suis papa, elles viennent à moi, sans que je ne demande rien, me parler de leur gosse, ou de leur envie de gosses quand il n’y en a pas ou carrément de leur haine de la maternité – Ces dernières ont souvent, je ne l’explique pas, des petits seins comme des abricots. Très vite j’en reviens à croire à ma toute puissance, que je dirige le règne animal, surtout que je n’arrête pas de lire des trucs de Peggy Sastre où je comprends, schématiquement, le dérèglement hormonal que j’impose par le simple fait d’être maintenant perçu comme un reproducteur. Chaque jour, j’ai le droit à un témoignage qui sent bon la cramouille plus que sur n’importe quel tumblr à chatte, ceux qui entre deux Korallreven, proposent des images vaporeuses sorties de Virgin Suicide ou d’un porno intello gynarchisant, au choix. Cela me confirme dans mon choix d’être profondément asocial, et qui voit dans tout rapport humain une posture à tenir sur le court et moyen terme. À long terme, on est tous mort.

L’autre fait, c’est que confronté à l’image de “digital dad”, de “papa geekos”, de gros nerd que j’ai eu le malheur d’imposer ado, on me voit comme celui qui aura toujours le dernier gadget technologique pour sa fille. Notre baby phone est une antiquité trouvé sur Le Bon Coin, il grésille encore plus qu’un radio réveil des années 80. Je me fais peur car je suis devenu toujours plus reac, la branche digital reac (lire ci-dessous: —Le papa : Quelle culture pour mon enfant ?), et toujours moins technophile. Je hais désormais l’internet, même le meta internet, même le proto internet. Je l’ai déjà expliqué (lire: —Ma peine pour Titiou.), mais la nouvelle ironie c’est de tout faire au premier degré.

Je ne vends pas à ma fille le passé, j’essaye par contre de lui donner une certaine idée de la France, une certaine idée de la musique (électronique), une haute idée de ce que nous sommes du nom qu’elle porte et même si c’est faux elle aura tout le loisir de le détruire. Je lui donne un sentiment de douce nostalgie – Qui s’arrête en 1992, je n’ai aucun souvenir avant. Je lui donne aussi un peu de culpabilité judeo-chrétienne sur ses frêles épaules, qui n’arrivent pas à soutenir sa grosse tête. Et je m’impose, comme tout bon daron Français blanc de droite, un racisme latent – auquel je ne crois même plus. Pas de bruits, ni d’odeurs, je suis ce père désabusé qui pense sincèrement que la transmission se trouve dans le non quantifiable, dans l’air. Dans ma sale haleine quand je lui dis, le matin, au dessus de son lit que je l’aime.


—auvergnates. Note d’intentions.

Cela va faire maintenant quelques mois que je récolte sur internet des photos et descriptions d’auvergnates sur des sites d’annonces. Bien sûr l’origine du truc vient de la phrase, “politique”, sur les auvergnats lors d’une université d’été d’un parti politique de droite, mais aussi sur une fascination malsaine pour la prostitution semi-pro vendue sous le nom “massage coquin”.

J’ai remarqué, depuis le spectre médiatique imposé par Ni Pute, Ni Soumise ou encore l’effet Dati, qu’on oppose souvent les genres dans la description médiatique et inconsciente de la vie de quartier. La racaille médiatique, bien que le mot soit féminin, est très rarement “femelle” et on tombe très souvent sur le “regardez ces petites miss qui font tout pour s’en sortir pendant que leurs grands frères détruisent le mobilier public”. La zoulette, même si on la connait ghetto, se veut être vendu sans haine, ni violence mais à la tête d’une association prônant la cohésion sociale et le vivre ensemble.

Moi, de mon côté, j’ai toujours été plus flippé par la fille qui deal mon numéro à Youssouf Fofana contre des bottes, que par Youssouf Fofana lui même; avec qui j’ai sûrement déjà partagé un kefta, dont il m’a avancé l’argent. J’ai côtoyé toutes ces auvergnates, et elles ne correspondent pas au “prototype” que la bonne pensée sociale veut imposer, j’ai voulu par une collection de photos rendre toute la noblesse du mot, “auvergnates”, à ces filles qui par plaisir ou dans la misère connaissent de très bons photographes et retoucheurs pour cacher leur visage.

Au final, dépassé par mes trouvailles, la collection s’est transformée en une ôde aux artefacts de compression et aux fantasmes archaïques du petit homme blanc colonialiste : Des trans de bord de route, des beurettes “très orientales” & des pipes baveuses.

C’est toujours en cours sur : auvergnates.tumblr.com


—Le club des 5

Parce qu’il ne faut pas rater son été. J’ai pris mes 5 “Summer Hit 2012″ et j’explique pourquoi à mes enfants (et d’abord à ma fille, Lou).

Spotify

Dntel – Still
On est dans le parc, quelques soutiens-gorge en dentelle dépassent des épaules de ces filles que je n’ai plus le droit de regarder. Brumisateur sur le petit nez de ma “paupiette”, je savais qu’être en couple plaisait aux filles, mais s’identifier et s’exagérer en mâle reproducteur donne le point séduction supplémentaire, qu’elles appellent entre elles “la mouille”. Sous leurs jupes, les culottes sont ironiques et en coton, elles ne prennent plus le temps de tout assortir pour aller “siffler des bières entre cop”. Qu’elles appellent entre elles “Vouvray”. Ce sont d’ailleurs mes noces de Coton après un an. J’ai déjà mon cadeau dans le upskirt légal de ma femme qui portent ses robes comme si elles venaient de les trouver par terre et qu’il n’y avait pas le temps entre deux biberons. Elle croit qu’elle est moins séduisante, mais c’est dans le négligé assumé que j’ai envie de mettre ma tête sous sa robe pour tout manger.

Si on ne peut pas qualifier Dntel de producteur léché de “House music”, il confirme, sur Pampa Records (maison de Dj Koze), que la house music à tendance aérienne et expérimentale sera toujours plus lente pour 2012. Le neo-codion reste la seule drogue que les classes moyennes peuvent encore financer quand ils n’en vendent pas.

Bertrand Burgalat – Double peine
Ce qu’il y a de bien chez Bertrand Burgalat, c’est qu’il a réussi à tuer tous les idéaux pops des “petits jeunes qui font de la pop française” rien qu’en mettant sa gueule 8 fois sur la pochette, avec l’arrogance certaine du mec qui vient de livrer un disque parfait de chanson française pour nerd premier degré. Il parait que le disque de Jérôme Échenoz n’est maintenant utilisé que pour faire fuir les oiseaux du cerisier, on ne l’écoutera pas, car sans se faire demander et sans attente Burgalat a déjà livré les devoirs d’été. Des cerises, depuis que je mets des belles chemises, je n’en mange plus, je trouve ça trop cru. Ce rouge autour des lèvres quand elle m’embrasse, elle en laisse sur la joue de notre fille qui rêve, qui rigole. Je piaille d’impatience que ce gros bébé reborn se mettent à grandir et qu’elle nous prépare des desserts autre qu’une couche sale à 3h30. Double peine.

Hot Chip – Don’t Deny your Heart
Il est évident que la pop music ne peut pas appartenir à des gens qui plaisaient déjà au collège et au lycée. Tous les mecs qui se sont dépucelés avant le BAC ne peuvent certainement pas produire ou écouter ou apprécier de la pop universelle, car ils ne savent pas ce que ressentent les abandonnés du sentiment, les abonnées de la solitude adolescente : Tous réfugiés dans les camps de pop dansante racontant des histoires d’amour à sens unique. Je crois que Lou verra Hot Chip comme je vois Supertramp. Des chansons parfaites que l’on n’ose pas trop scrobbler car c’est trop la honte t’as vu. Impossible de croire que ce titre n’est pas en rotation sur NRJ après Katy Perry – Last Friday Night. Deux chansons qui viennent du même monde et s’adressent au même peuple.

Il faut absolument que l’on vire tous les programmateurs musicaux de France et qu’on commence à faire quelque chose de vrai qui peut aussi bien illustrer Les Anges de la Téléréalité, que cette video show-réel d’un motion designer prêt à sucer le monde entier pour un petit travail dans la pub, qu’un film expérimental où des filles sont violés dans des lieux très glauques sur une musique très sucrée, qui sous-entend qu’en te forçant un peu, et malgré la panade, tu peux m’aimer.

Justin Martin – Don’t Go
Justin Martin a tout pigé au concept de barbecue dans le jardin avec les potes. Il a parfaitement intitulé son lp “Ghettos & Garden” qui nous fait penser à ces week-end frugal où les mecs d’Epic Meal Time passeraient pour un restaurant scolaire ouvert spécialement à une délégation de gymnaste anorexique, la veille d’une compèt’. Dés que j’ai un peu de thunes, j’inviterai tous mes potes (j’en ai peu) dans mon jardin pour un “barbeuc d’anthologie” et ils n’en croiront pas leurs yeux quand ils verront un pain de viande à kebab entier tourner sur la braise, au milieu du jardin avec deux turcs prêts à nous faire la bouffe à volonté jusqu’au lundi d’après. Plus 10 ordis face à face pour une lan, ainsi que 3 bornes d’arcade et un tournoi marathon ITADAKI STREET en ARGENT RÉEL. Mon petit chiot, un jeune Shar-Peï, réclamera un morceau de viande, pendant que Lou dans son parc, blanche de crème solaire, fera rouler une tuture bruyante en plastique de chez Tomy, chiner dans une brocante. Nous, on se boira des litres de Sprite Home Made et de sauces piquantes. Le premier parti, ce sera pour un AVC.

Réellement, Justin Martin représente une face des prolos de la House music, de ceux qui ne s’embêtent pas avec les concepts foireux de “retour au source”, “à la Mr Fingers”, mais produisent la musique parfaite pour se détendre en milieu de soirée en sortie d’usine, avant que l’on reprenne les choses sérieuses.

Taragana Pyjarama – Growing Forehead
Quand on est un jeune blanc hétéro, amoureux, il est impossible d’éviter le pèlerinage à Cologne où le micro-climat a permis de distribuer les meilleurs titres de techno music pour jeune blanc hétéro joué par des lesbiennes blanches, depuis 15 ans. Taragana Pyjarama n’a même pas attendu son deuxième ep pour se retrouver dans la multnationale Kompakt et être dans toutes les bouches des passionés de musiques électronique. Ceux la même qui aiment bien dire à ces filles en quête de nouveau morceau “tu connais ce petit jeune? C’est très ambient et très techno à la fois, tu risques d’aimer”. Au final, comme elles ne savent pas si elles doivent danser ou se faire chier, il n’y a que les garçons qui aiment cette musique, et Lou, tu ne pourra pas apprécier plus que ça. Sauf dans les courts métrages que l’on réalisera à deux pour illustrer cette scène où je remplace ton “doudou” par un poisson frais. Il n’empêche que ce Danois a fait 2011 et fait l’été 2012, on était hier qu’une trentaine à l’avoir vu en live sur une péniche au pied de la passerelle Simone de Beauvoir, et ça me fait super plaisir de voir qu’il a trouvé 2 potes pour faire les festivals où toutes les jolies filles pourront s’asseoir dans l’herbe en regardant de belles images vaporeuses.


imgur & ppt

De cette campagne, je retiens 2 trucs : La TNT et les bonnes quenelles. Sur ces dernières, il n’y en a pas eu beaucoup d’intéressantes mais leur provenance et diffusion nous montrent qui a gagné le “webjeu”.

Heureusement pour nous, l’internet et ses internets n’ont pas influencé grandement la campagne. Marc Rees (PCINpact) ne sera pas encore ministre de l’ordinateur, des laptops et des refroidissements, Johan Hufnagel (Slate) ne sera pas tout de suite secrétaire d’état à la famille, aux teens et aux blogs. On va pouvoir retourner à nos séries, nos mp3, nos sites de cul, nos enfants et reprendre notre vie de comptoir en laissant les journalistes où on les avait trouvé en décembre 2011 : dans la précarité.

Sur le fond, j’ai tout perdu et je ne vais pas entrer dans le débat d’idée. On est passé à côté de tout. Sur la forme, c’était génial, j’ai pu assister à tous les meetings sur i>télé et bfm et public sénat et gulli. Avec le teasing de la stagiaire sortie de l’école descoings coin coin et son cadreur intermittent qui confirment “oui il pleut”, les entrées drapeau français, les “machin président” scandé par une foule en liesse sous Ritaline (et naphtaline pour le Front de Gauche), et les superbes fonds d’écran windows 98 où chacun y pose sa typo et sa petite url.

La TNT est la seule gagnante de cette présidentielle, même sans Merah, on ne retiendra qu’elle et son tout info énervant sur lequel on revient incessamment guidé par notre plaisir malsain de tout savoir pour mieux gerber dans l’urne. Et parce que cet épisode des Cordier, Juge & Flic, bah je l’ai déjà vu merde.

Sur internet, j’ai fait pareil qu’avec la TNT, je me suis inscris partout et j’ai tout reçu. Mais je n’ai rien vu de FOU. Et je suis même déçu. Par les partis, mais avant tout par les “miens”. Humourdedroite, par exemple, ne s’essouffle pas mais finit enfin de s’étouffer dans son gargarisme de remontés acides. J’ai aussi demandé à mes tontons et tantes de m’envoyer tous les ppt et trucs qu’ils recevaient. Rien n’est sorti de là, non plus, aucune tendance sauf le beau bordel : ça a juste fini de me persuader qu’un ppt qui parle de “Mohammed et ses 10.000€ d’allocs” a eu plus d’impact sur le web que la “vraie timeline de sarkozy” dans cette campagne. Tata et tonton sont cons, quand ils forward, ils laissent tous les destinataires dans le corp de mail. Et ils sont 60 millions.

La barbouzerie la plus révélatrice de l’internet reste pour moi la soi disante photo de Merah avec Hollande. Et elle révèle un truc plus global qui va finir d’anéantir la “gauche” si elle ne le prend pas en main avec intelligence.

Déjà la vanne dans le contexte apparaissait à un instant un peu tendu : le PS marchait bien sur des oeufs et voulait “éviter toute intrumentalisation” et enterrer vite fait le “pauvre” Merah “victime de notre société bâti sur la haine”. Les barbouzeurs du front oblige, sans trop y compter, le PS de s’aligner et envoie les banderilles à tout va dont ce jpg-joke. Là où c’est réellement… “cocasse”, c’est que personne dans le monde ne peut croire ce jpg avec trois grammes de jugeote et tout le monde sur les internets a bien vu d’où cela venait (ils ont des drapeaux bleu-blanc-rouge en avatar).

Ça entre dans ce que fait l’extrême droite sur internet depuis longtemps : un détournement plausible qui sème le doute au neuneu. Surtout, de ce que je vois avec le recul, cette “blague” était réellement passée inaperçue et ne tournait que chez 3-4 “frontistes” jusqu’à ce communiqué (neuneu) “DESINTOX” sur le site officiel (où j’ai découvert l’existence de ce jpg). De 3 personnes, on passe à tout un arsenal militant qui va relayer une blague pas drôle, la transformer en info “DESINTOX” et la maximiser publiquement au delà de l’effet originel escompté. La victoire est moins dans la désintox mais plus dans la diffusion d’une ambiance autour du candidat Hollande pleine de sous-entendu. Ce que le PS avoue par défaut dans sa désintox : “Oui il est possible que vous fassiez un amalgame alors, bon prof, nous répondons avant”. Mais nous ne sommes pas neuneus, nous.

On retrouve dans cette anecdote toute l’inventivité perfide de l’extrême droite, que nous, utilisateurs avertis, connaissons très bien et évitons ou, pour ceux qui veulent, relayons en connaissance de cause. C’est entre le hoax, le plausible et le fait. Nous sommes surentrainés là dessus mais pas “eux” : le grand public, les politiques. Ils sont nos pantins. La preuve en est, c’est Nadine Morano qui sans comprendre ce qui lui arrive RT une video qui appelle au vote de Marine Le Pen. Bien sûr, on sait que Morano ne voulait pas faire ça et son erreur est anecdotique et n’a pas besoin d’être rapporté sur ton pure player – Bon, tu dois faire du hit, je pige. Il faut quand même remettre cette erreur en perspective avec tout internet et son histoire (que personne ne semble connaitre dans les médias) et même son histoire récente comme le lobby de l’IPJ (institut pour la justice).

Je ne sais pas si vous vous souvenez de cette vidéo où un fils de flic est massacré et son père raconte. Aux premiers mots de cette vidéo, je sais à qui j’ai “à faire”. Comme un soit-disant jpg de Hollande avec Merah, comme une video youtube qui rappelle les méfaits socialistes, tout dans la production à l’amateur et la méthode de diffusion est estampillé : extrême droite. Pourtant, toutes les personnes sur mon Facebook qui ont relayé l’IPJ sont ces filles et gars un peu de la bourgeoisie, de la classe moyenne, ce “grand public” de gauche, de droite, des gens sans militantisme ou à la conviction éphémère, avec qui j’ai bossé ou été à l’école. Des gens cultivés, pas trop cons, pas trop sur internet et, qui sans le savoir, aident au rouleau compresseur sans comprendre ce qu’il en est. Un peu comme Morano. Mais aussi comme l’équipe Mélenchon qui pour tâcler Joffrin reprend un jpg venu de… Collard, président du comité de soutien de Marine Le Pen. Coin Coin.

L’élite Internet n’a rien influencé et on est ravi. Sarko a préféré les industriels numériques appartenant à des gros groupes déjà en place, Hollande a les rédactions avec lui et n’a besoin de rien de plus pour faire son lit. Les prolos internets sont par contre bien en place et rien n’est fait pour apporter une seconde voix, une contre voix, car on a la fausse impression que ça fourmille d’un million de trucs différents. Sauf que les voix les mieux organisées finissent toujours par gagner et centraliser l’attention.

Moi je regarde tout ça. Et je rigole avec quelques sueurs froides.


—Justicier du web.

SCREENSHOT de l’avis d’un jeune graphiste, monsieur “capt’ain obvious” Fluzin, sur la manif de ce week-end.



WAYBACK MACHINE sur le blog qu’il tenait il y a moins de 3 ans : http://www.soymalau.com/rr

lien WAYBACK sur l’article qui nous intéresse aujourd’hui.

http://web.archive.org/web/20100927204958/http://soymalau.com/RR/2010/09/les-greves-et-manifestations-ont-perdu-toute-efficacite/

SCREENSHOT du plus fameux :

Frigide Barjot réalise ses fantasmes avortés. Trompette, cotillon et révolution de salon.

BONUS : Je me suis personnellement tatoué l’à-propos sur la fesse, pour ne jamais oublier.


—Les Daft Punk se reforment ! Manifeste sur le parlé musique.

De la crise du disque, j’espérais qu’on en finisse avec le journalisme musical, que s’arrête les petites chroniquettes, les exclus, les interviews, les portraits, les “inside”, les conneries. J’espérais trouver un esprit de critique global, je rêvais d’articles un peu abusés, d’articles toujours en betatests où des mecs, par exemple, lient le designer Ettore Sottsass à l’Italo Disco et termine, sans que l’on sache trop pourquoi, sur l’influence de la DHT pour le retour au postmodernisme (je peux toujours le faire tiens). J’espérais une presse qui propose une vision sûre, où le passé est compris avec assurance et sans posture (évitons par exemple la mixtape soi disante professorale – t’es sérieux Para One ?) et permet de discuter de la prospective entre gens éclairés, entre sachants. Tout en ouvrant aux curieux.

J’espérais que l’on aille, dans la critique, au délà du disque qui appartient à nos darons ces putains de fétichistes et que l’on crée des blocs sans étiquettes et intelligents qui ne parlent ni de mouvements, ni de rangements mais de chemins, de croisé des chemins, de bas côté, d’univers. C’est vrai, j’espérais un retour à la plume, à la branlette qui énerve et aux avis totalement objectifs ‘promis juré craché’ et teintés d’une mauvaise foi définitive et sans limite. En France, comme un phare breton, Teki Latex (lire Qui suis-je ?) est sur cette branche depuis le début et je le félicite, mais c’est dommage pour sa solitude mais aussi car il est un acteur et je n’ai jamais aimé les acteurs sauf quand je lis le texte dans ma tête ; L’égocentrisme me sauve.

J’espérais que tout s’écroule et qu’on se retrouve dans un post-apo musical. Perso, je suis armé pour ça. Que la musique soit critiquée et combattue, qu’on arrête le prête à jouir et qu’on retrouve du Félix Fénéon 2.0. Au final on est resté dans ce que je vais appeler l’archétype Nicoprat du chroniqueur chevelu un peu benêt, tshirt homemade-ironie-à la AnnScott-superstars, chronique prémachée pour ta maman qui s’inquiète et “ouais j’ai un +1 sur cette soirée”. J’espérais que la presse ressemble à ce qui a construit la culture de ma génération : une grosse board pleine de merdes, où personne ne viendra t’expliquer le langage meta, que tu devras appréhender, comprendre, critiquer, railler, renouveler – si t’es un sage – et aussi faudra te démerder en téléchargeant les bons mp3 – mais l’égo de certains t’aideront ne pouvant s’empêcher de montrer qu’ils ont été les premiers à riper ce truc. J’espérais que la presse arrête de faire son travail et en fasse un nouveau. On n’a plus besoin de décoder ni d’expliquer un disque mais on a besoin que les choses soient inscrites, on a besoin d’en découdre, de se battre pour la musique qu’on aime, de créer les tensions, de cliver les gens et les obliger à donner un avis. Il faut qu’on en revienne au tout définitif, à la hate gratuite, à l’amour inconditionné. Être le fan premium de sa playlist Spotify et la vendre comme un AK47 à Yoni Palmier.

Pour prendre un exemple récent : A$ap Rocky. À la première vidéo youtube, je rêvais de lire un truc de fond “Les dégoutés de Odd Future essayent de nous refourguer un nouveau connard – Comment le rap a remplacé le punk chez les bourgeois”, mais je n’avais plus de blogs à ce moment et heureusement la spirale infernale a eu lieu jusqu’à que les “joyeux lurons” de Brain Magazine fassent un “super” boulot où l’on apprend qu’il faut aller à l’école. Nous sommes en 2012 et le parlé musique est resté en 2001 où un groupe était bien, juste parce que je sentais que cette fille en seconde européenne était sur le point de me sucer la bite après avoir consommé de la drogue payée de l’argent de poche de son daron, l’avocat. Bien sûr j’ai jouis dans sa bouche, mais aujourd’hui j’ai oublié son prénom et aussi ce disque qu’était surement très bien.

Recommençons à aimer la musique et écrivons dessus des choses qui restent, des articles que l’on vient relire, que l’on découpe et colle dans son almanach mental de choses biens. Si on commence à remettre dans notre parlé du… contenu, et si le mec qui parle musique devient aussi un artiste qui crée, qui propose des concepts jusqu’à faire l’ahuri et a dépassé la musique, on pourra enfin tuer Sebastien Tellier. Et surtout : Tout s’arrangera car on évitera de parler des groupes qui font des clips en stopmotion pour atteindre la home dailymotion, et on retrouvera un plaisir sur chaque disque qui sort, certains qu’ils seront produits par des mecs qui auront la trouille qu’on soulève l’imposture qu’on les compare à Cabanel.

Tuons la sincérité, l’intégrité, le verbiage, revenons en à l’encyclopédie, à nos paradoxes d’auditeurs, lions le tout à notre savoir non-musical et retrouvons la critique dans sa première définition. Mais, en attendant, je ne sais pas si vous savez : LES DAFT PUNK SE REFORMENT !!!!


—Le sommeil léger.

Et je me suis réveillé tout seul dans le lit, cette nuit, car elle était chez sa mère. Et j’aime ce moment où je dis “elle est chez sa mère” comme sur le boulevard et t’as ma maitresse dans le placard. C’est parce que je l’ai étranglé juste après le lycée, et je ne sais où la mettre : La cave est déjà pleine d’un déménagement récent. Les poubelles passent le mardi.

En ce moment elle est plus inquiète pour sa voiture, que pour le bébé, que pour moi. Alors j’ai trouvé la solution : on va vendre la voiture, peut-être le bébé et faudra vider le stock avec moi : mais je ne vaux rien, alors je reste. Je passe mes journées à penser à notre carton de faire part que la famille trouvera jolie et ça trônera dans un classeur, notre enfant le retrouvera par hasard dans 20 ans en se disant “putain fût un temps où on pensait à moi”, salope d’égocentrique, la vérité c’est qu’on pensait d’abord à la voiture. Je passe mes journées à penser à une vidéo, pour “faire part”, une vidéo que ma mère ne comprendra pas et je m’énerverai, pour lui expliquer, et elle se victimisera ; Pour changer. Exemple de ce qu’est la reproduction.

Vendre la voiture, c’est vraiment le truc le plus daron que je peux faire dans ma vie, ça passe devant ma fertilité. Je n’ai même pas le permis, mais il y a comme un truc social inné qui me fait dire : vends ta voiture, femme, c’est le moment, avant qu’elle nous claque définitivement et que Cetelem nous prenne nos bouquins “première édition”. J’espérais les vendre 1000€ l’exemplaire dans 36 ans pour compenser le vide financier de nos retraites. Nous pourrons vivre 6 mois avec le peu de bouquins qu’on a. Faisons un deuxième enfant, et en restant dans le quartier, avec un peu de chance on le discriminera pour qu’il entre à l’ENA.

Pour arriver jusque là, la première devra manger ce que le suivant avalera sans broncher. Je dois apprendre à avoir le sommeil léger. Le seul lit où je laissais ma descendance crever, mes parents disent aujourd’hui qu’il est dans la “chambre d’ami”.

J’écoute trop Fuzati, hein.


—Les lascars reviennent du Front.

Qu’on se le dise tout de suite : le quartier et le Front National se sont toujours bien entendus. Je crois même que je n’ai jamais vu d’aussi bon pote lié non pas par une idéologie commune – même si des ponts sont créés par un certains antisémitisme “de comptoir”, mais avant tout par le cynisme de nos vies. Ça fait marrer au fond de la salle car je balance ça sans aucune donnée statistique, je vois aussi qu’aucun énarque n’a fait sa petite note analytique là dessus et que récemment encore le sémillant rapeur Nekfeu posait sur sa fan page un bien apprécié “nique le FN nous c’est la France offensée” bien vu mon pote – niquer le FN étant une préoccupation de petits blancs des classes moyennes dont les parents votent tous FN. Quand on y pense ces bonnes relations sont même dans la logique pure et simple.
Que les lascars soient cleans avec le FN et vis et versa : C’est l’ordre des choses du système D de la vie de quartier. Un échange de “bons procédés”.

J’ai commencé à capter les “bonnes” relations entre le Front et mon quartier quand j’aidais un pote à distribuer un gratuit dans les boites aux lettres. C’était il y a un peu plus de 10 ans, le world trade center tenait encore debout et, s’marrant, le musulman était dans l’inconscient populaire de ma France raciste un “bon gars qui dépanne”, pas trop “le barbu envahissant”. On distribuait “Le Pub 60″, et mon pote avait donc le pass pour tous les immeubles du quartier et ce truc, vous savez, c’est de l’or pur pour tous les partis locaux. Forcément, quand on possède un truc au quartier, on le deal avec quelqu’un susceptible d’être intéressé. On a tous appris le métier de commissaire priseur durant notre adolescence : un objet qui n’a aucun intérêt à nos yeux doit forcément valoir 2000 boules pour quelqu’un. Et on trouvera ce mec.

Ce mec c’était Michel. Il habitait à 2 blocs et on l’aidait pour ses problèmes de PC et lui nous aidait pour récupérer des trucs de son usine où il bossait avec le daron de mon pote. Michel était, et est encore je pense même si j’ai quitté le quartier, le militant de base du FN, boiteur, tracteur, raciste sauf toi et ton père, et ta soeur aussi, elle est sympa, surtout en socquette quand elle traîne un peu sur le trottoir avec ses copines. Bon ça il le disait pas, mais il le pensait suffisamment fort derrière ses VHS de culs qu’on entendait à travers la cloison. On lui dealait donc le pass et il nous payait pour la soirée, juste ce qu’il fallait. Lui ça lui permettait de se faire bien voir de son parti : Aussi incroyable que ça puisse paraître seul le FN boitait TOUT le quartier, et nous on allait se manger un kebab payé, indirectement, par tonton Jean-Marie.

Un autre truc des bonnes relations FN/lascars, c’est plus tard. Quand des potes plus lointains ont commencé à faire les “gros sous”, bizarrement, ils devenaient plutôt tolérant, surtout avec ceux qui pouvaient leur mettre dans la gueule. Ça devenait ubuesque : des gars venaient au quartier pour coller des affiches à la flamme bleu-blanc-rouge sur les piliers de la passerelle et je disais à mes potes : c’est pas de la provoc, on baise le FN nous, non ? – je suis effectivement un blanc de la classe moyenne ; Et mes potes, tous aux ordres, “non mais lui ça va c’est un copain”. Non mais attends c’est Le Pen, mec, LE PEN quoi le FN. “Non mais le Pen oui c’est chiant, mais là ça va, c’est un copain, ça fait pas de mal, il est payé pour ça tu sais ? On lui nique pas son travail, s’too”. Alors on restait là, sur notre banc, entre l’affiche “La région Picardie vous emploie” des socialistes, nos jobs d’été d’animateur donnés par la mairie UMP et les “France aux français” collées par les “copains”. Et Michel. Black blanc beur les fesses posés sur le bois humide : nous étions la France plurielle à défaut d’être forte, et t’as Bachir qui rigolait même pas à moitié “Et moi les gars, au fond, moi je le dis hein, parce que je suis né à côté là bas, à la clinique tu sais, je suis ok la France aux français, surtout quand tu vois ces bledards là putain de salamalek eul sheitan de roumains”. Et on répondait “héhé ouais” sauf moi en fait, car j’aimais plutôt bien l’Europe de l’est pour les mêmes raisons que notre voisin Michel aimait plutôt bien la petite soeur de Bachir.

Alors s’en suivait des histoires sur les blédards qui nous faisaient marrer, “les blédards à l’embarquement”, “les blédards dans le tunnel de la gare”, “les blédards sur le bateau” etc. Et moi je me taisais.

Je croyais qu’il existait un milliard de rap ironisant sur le Front et appelant à faire tourner Marine et bizarrement, je n’en cible pas tant que ça, l’ennemi étant plus souvent l’État et ses représentants : les flics, le procureur, le préfet, le système raciste, les grandes écoles racistes, la république raciste. Rarement, dans le rap, la jeunesse emmerde le Front National. J’avoue qu’il est plus intéressant, artistiquement et commercialement, de se faire interdire par le ministère et se victimiser en faisant le “négro” qu’a peur de rien, que de gêner la petite vieille qui vit dans le même immeuble. Quoi qu’il se passe, elle votera Front.
Al Peco, par exemple, clash les Lascars et les Blédards et sert la soupe populaire de l’auto-dérisions. Quand on est au quartier avec ses potes ça fait marrer : tout ce qui est dit peut paraitre exagéré mais reste “tro vrè, refré”. Heureusement le Front n’écoute pas de rap et ne lit pas les textes. Dans la bouche d’Al Peco c’est vu comme ça : “il joue avec les clichées et les stérotypes et ca fait golri , en plus il a le flow qui passe a l’aise !!! +100″, dans ma bouche, déjà, on me regarde un peu de travers et le commentaire serait “d’où tu racontes ça, tu sais pas toi”, et dans la bouche de Le Pen qui, si elle savait, n’aurait plus besoin d’écrire un seul élément de langage sur les étrangers vu que tout a été rapé, ça te crée 40 tribunes et fact checking et machin et une agitation qui ne sert à rien sauf à faire exister la Marine qui, pendant ce temps, se mange un couscous chez Tonton (tous les vendredi). J’ai donc créé ce youtubedoubler pour rigoler.

“Okok
Du calme, ok lascar banlieusard ils sont al sisi
Bon maintenant place au bledard
T’es ce gros blédards arrivé en France
Avec des faux papelards, oui t’as eu beaucoup de chance.
Venu a l’aventure, dans la jungle du bitume,
Et se rend compte au bout d’un moment Paris c’est dur.
Haaaan
V’là la patrouille, trop t’as la trouille,
Petit contrôle d’identité, beuh beuh tu bafouilles
Tu viens de Roumanie ou de Yougoslavie
Casseur d’horodateur, nettoyeur, rayeur d’pare-prise
Deviennent (à coup de chiffres), qui colonise Paris
Petit à petit le monde à la place d’Italie
Puis ça rapatrie tout le profit, tout le wali se retire au pays,
Puis ça nourrit à peu-près 12 familles,
Puis ça construit des putains d’riads avec piscine
(…) dégaine mafioso,
(…) des chaines en roro
Gwadada et Madinina,
Horom, dancehall et (noumakao)
Ce gros blédard qui fait des illégaux buisness
Qui squatte à Château-Rouge ou à Châtelet ou à Barbès
Ce gros blédard qu’a trop la dalle, tu peux pas test
Qui vient d’Afrique ou d’Asie ou d’Europe de l’Est
Ce gros blédard arrivé en France juste pour faire des gros sous
Cladestin, réfugié
Avec ou sans papiers
Ce gros blédard qui parle mal français mais qui en n’a rien à foutre
Là où il faut gratter la thune, ouais, t’inquiéte on connait.”

(entre parenthèse, ce que je n’arrive pas à discerner avec exactitude).


—Le papa : Quelle culture pour mon enfant ?

La culture web, celle que j’ai façonné avec cette multitude de copains indéfinissables et sans jamais que l’on signe de notre nom est aujourd’hui diluée dans la culture populaire. J’ai presque envie de me réjouir : maintenant ma mère comprend parfaitement que quand j’avais 15 ans, traîner sur IRC jusqu’à 2 heures du mat’ la veille du bac faisait partie de la construction de mon identité mais aussi, par nos expérimentations et nos actions (take out d’un chan, d’un site, d’un forum… leak de photo nude d’un op, d’un progamer, etc) de la construction de l’identité de toute une génération qui est maintenant (mal) reconnue publiquement.

Je ne dis pas que j’ai personnellement influencé une génération, mais j’étais là, comme une lesbos dans les chiottes du Pulp, avant la hype et la mouille d’Ann Scott partout sur la gueule. C’est qu’il s’agissait, pour moi jusqu’à récemment, de ne pas déconner avec la culture web. C’était ma culture, mon quotidien, c’était tout. Il n’y avait pas besoin d’encyclopédie ou de miscellanées, on vivait juste le truc sans se poser la question de légalité, de drôlerie ou autres. On s’y était tous retrouvé par hasard là dedans, chacun avec son vice de nerd, mais on avait un tronc commun qui est aujourd’hui impossible à expliquer, sauf à travers l’expression artistique peut-être. C’était un ressenti qu’on avait tous, une main invisible qui allait au dessus de nos passions perso et qui unissait “notre peuple”. Ce que j’aime à appeler les “sachants”. Les sachants de l’internet. Moi j’étais là, à la base, pour écouter de la musique, trouver des meuf et tuer des grenouilles afin de gagner des points pour être le plus fort de mon serveur. C’est ce ce que je décrivais sur addikted.net, mon précédent blog, jeune je nommais cela “a nerdz life” et ne voyais pas que je faisais autre chose qu’un témoignage réel du présent, sans artifice et sans la recherche d’une reconnaissance quelconque. De toute façon, j’étais trop aveuglé par l’idée de me faire sucer grâce à ma prose verbeuse. La culture web était diffuse et aléatoire, mais c’était comme ça. Je n’ai pas à témoigner de ce que j’ai fait, dépassant mon nombril, ces histoires n’ont que du ridicule, mais plusieurs fois des mecs auraient pu nous foutre en taule, tellement on les a harcelé, jusqu’à leur faire pleurer leur mère et aussi la mienne. Et tout ça juste pour une histoire de forums concurrents ou de chan irc qui ne plaisait pas. Rien de politique, juste l’envie de foutre la merde tranquillou. Il n’y avait pas de antifanonymous ou de petits cons comme ça, je pouvais le matin aider un neo-nazi à détruire son forum de bricolage et le soir me retrouver contre lui sur un chan parce que l’opérateur était venu nous “troller”. Peu importe qui était avec nous, qui était devant nous.

Aujourd’hui, tel le vieux punk qui a commencé à voir apparaître des gamines de 13 ans se foutre des épingles à nourrice dans le nez, avant de rentrer dans leur domaine le soir en criant No Future à un père richissime qui n’avait que foutre des délires de sa fille, j’ai l’impression qu’on se fout clairement de ma gueule. Ma mère me demande ce que sont les anonymous et me pleure la fin de megaupload et je lis la 4ème couverture de cette Miscellanées d’internet, je comprends alors que tout est allé plus vite que moi, que l’imposture a pris la place de ma culture. Et pire je suis devenu réellement : un réac de l’internet. La culture web qui ne m’a jamais appartenu, je savais que des gens de confiance l’entretenaient, et aujourd’hui c’est foutu, elle n’a plus aucun sens. Personne ne la comprend tel qu’elle est, tout le monde veut lui faire dire n’importe quoi ou se l’approprie pour sa cause perso. Les antifanonymous sont pour moi la preuve ultime de cette mort de la culture web : Sous couvert de codes pseudo universels, appartenant à tous ceux qui ont une connexion web, des mecs font un combat contre le fascisme qui ne concerne que eux et pas l’intérêt général. Ces trous du cul de lyonnais (en France) ont posé en moi la dernière pierre de ce qui est le vrai schisme de la culture web. Non pas que je vais me mettre à défendre des militants d’extrême droite : ils font leur vie, mais que je n’ai aucun intérêt, non plus, à les afficher ou les moquer. Plus tard, peut-être que ces même militants m’aideront dans un combat, ou m’apporteront l’élément qui me permettra de foutre au cul des personnes qui veulent nous nuire à tous.

Je ne sais pas comment je vais inculquer, à ma fille qui va naître, ce que je possède et qui me parait bon, comment lui donner l’oeil, le nez de ce qui est sincère, réel, entier et de ce qui est de l’imposture totale ou même l’imposture maladroite. Certains se réfugie dans la religion pour la transmission, d’autre dans la philosophie et la gauche : dans l’éducation nationale. Moi qu’est-ce que j’ai ? L’anarchie militaire. Mon père, médaillé militaire, dit de nous qu’il ne nous a pas élevé, mais nourri. Je pensais avoir la culture web avec moi, pour filer à mon enfant la tonne d’info que j’ai dans le coeur avant de crever au milieu des autres. Mais en 2012, cette culture que j’ai façonné à qui j’ai tout donné pue la mort, le mensonge, l’embrouille avec pour cerise la victoire de la vanne “à la Ruquier”, celle dont on rit en faisant “pwoh oho pwoh oho oho, ils y vont fort hein chérie?”. Alors, à ma fille, il ne lui restera que le vecteur qui n’a pas encore trop pourri à mes yeux : la débrouille. Surtout, j’espère qu’elle ne sera pas comme moi, un aigri qui n’aime pas se faire déposséder de sa culture. J’espère que pour elle, tout ceci sera de l’eau.

tl;dr.


—Disneyland vs Lourdes


—Le Première Classe.

Quand on débarque dans les hôtels à côté de la ZUP, on sait qu’on va croiser deux trois routiers et quelques putes. On va croiser les mères au foyer avec un gamin, elles se sont fait jeter l’été dernier et se retrouvent à l’hôtel. Il parait qu’elles fraudent le système, chiennaaaasses. On sait moins qu’on va croiser le reste du quartier avec leur rackia, bouteille dans le sac à dos, une entrée de chez Picard qu’a dégelé dans la banane et capote dans la poche. Partouzes cloisonnées.

J’ai découvert le petit cirque en dépannant mon meilleur pote. Il m’appelle, sur les coups de minuit, avec son petit air paniqué dans un ton gentillet. Je lui demande ce qu’il se passe et cet abruti est bloqué devant la porte du Première classe, il n’a que du liquide et pas de CB pour réserver une chambre de nuit. Alors le voilà en bas de chez moi, avec sa meuf sur le siège avant et moi qui ouvre la porte en faisant caution avec ma CB. Il me paye la chambre tout de suite, m’invite même, on pousse la vanne jusqu’à se foutre en calbute devant sa meuf. Une amie.

Elle prenait sa douche quand je suis reparti, il m’a redéposé chez moi l’air de rien et s’est finalement décidé à avoir une CB quelques mois après. Les mecs du quartier préfèrent le Première Clase car la salle de bain est dans la chambre, et souvent il y a même une baignoire. Suffit de raper le savon pour faire mousser. Au début, mon pote raconte, les meufs trouvent hyper malsain de se faire inviter à l’hôtel, ça rapelle de salles souvenirs comme leurs petites annonces coquines sur wannonce.com. Aussi, elles ont l’habitude de se retrouver dans les salons des mecs un peu riches qu’elles ont croisé en Allemand LV1, comme dans le film tout ce qui brille, Leïla Bekhti fait beaucoup de mal au quartier. Elles se sont déjà vu peloter dans le reflet du LCD qui n’est pas accrochée au plafond. Mais à choisir entre la galère de se faire choper, caché, par le blancos un peu vide des beaux quartier et le petit bonheur de se retrouver avec son âme soeur, le un peu loser en interim mais, ouf, il prie tous les vendredi, elles finissent par accepter l’hôtel qu’est un lieu plus sain que les cages. Se faire l’amour quand on a la vingtaine et qu’on vit dans le quartier, ça se passe à l’hôtel. Sauf si les parents sont partis six mois au bled. Mais il y a toujours le petit frère, toujours la grande soeur. Jamais le moment à deux, mais beaucoup de PS3 et de sous-entendu.

Dans un Formule1, il y a le risque de croiser Bachir, ce pote bien vanneur, grande gueule qui lui, pour le coup, s’est payé un massage “sexy” sur le net avec une renoi quadra trouvée au foyer de l’Aftam. Bachir va toujours démouler son cake dans les instants difficiles comme quand il faut se laver la bite après l’amour. Le robinet, semblerait, ne suffit pas à tous les potos qui racontent cette histoire du “j’ai croisé Bachir”.

“Les hôtels ont, avec notre vie sexuelle, remplacé les bancs publics. Avec le wifi, j’économise sur mon forfait 3G pour mater sur youtube les quelques trucs dont elle a parlé toute la semaine. Les vidéos qu’elle a chiné sur ces comptes spams à la con de facebook, je les ai déjà vu quand on était au collège, mais ça ne me dérange pas de voir ça dix ans après, en se faisant sucer. Tu te rappelles quand, petit, on se racontait comment on voyait nos vies. Comment nos gosses allaient s’entendre, comment seront nos femmes, les barbecue, le kefta et le jambon sous la table. Tout ressemble peu à peu à ce qu’on avait prévu, même si ça s’est fait en passant par le Première Classe, le même qu’on visitait plus jeune pour jeter des cailloux sur les vitres, pour essayer d’y voir les grosses chattes de ces grosses putes – comme on les appelait. Rien ne bouge dans notre ville, même si les vieux se disent dépassés. Ils veulent nous virer. Tous les lieux sont en place, ont cessé de grandir et on a cessé de les remplir. On s’est couché, vidé. Et je te jure que je n’ai pas eu envie d’aller me laver. Trop peur de le croiser, même dans ma salle de bain personnalisée.”


—ost.

Je ne savais pas par où commencer. (Spotify).
01. Karl X Johan – Flames
02. Summer Camp – Round the moon
03. Active Child – Hanging On
04. Plaid – Diddymousedid
05. Blaqstarr – Rider Girl
06. La Caution – Antimuse
07. Thee Maddkatt Courtshp – Cinematik
08. Blackbird Blackbird – Little Respect
09. Gonzales – Knight Move (Dj Koze)
10. Bibio – All the Flowers (Lone remix)
11. Heartsrevolution – Digital suicide
12. The Cure – Close to me
13. Alexander Robotnick – Problèmes d’amour
14. Loose Joints – Is it all over my face ?
15. Whirlpool Productions – From disco to disco
16. Lone – Explorer.
17. Robot Koch – Gorom Sen (Phon.o remix)
18. Falty DL – Make it difficult
19. Fafa Monteco – Saturday
20. Phoenix – If I ever feel better (I’d go the disco)
21. DJ Assault – Nympho
22. The Field – Burned Out
23. Oneohtrix Point Never – Sleep Dealer
24. Klub des Loosers – Ine Memory
25. Booba – Bakel City Gang
(Spotify)