—Les sentiments robotiques, une playlist.

Mettre en scène des émotions de robot a toujours été mon style musical préféré. Comme un train qui démarre m’émeut toujours plus qu’un bisous, même lycéen à la fin du film tv Disney – mes préférés – avez-vous vu “Lemonade Mouth”, il vont en faire un 2. <3. Le fait qu'il y ait un faux contact sur la carte mère de son jouet robot qui transforme la mélodie de Compère Guilleri en noise - à lire à la française "nwaze", m'émeut presque moins que quand elle se marre à cacaboudin dit et répété inlassablement, avec ses deux dents qui sortent à la Voulzy. Son premier quatre patte pour aller ramasser le laptop de sa mère, je lui dirai qu'elle a appris à marcher sur la grande plage de Biarritz, comme moi mais là ce sera un mensonge, 1/ on ne peut louer qu'à un camping d'Argeles maintenant que nos parents, enfants pourris gâtés, dilapident l'héritage sans aucune notion de décence vis à vis de nos grand-parents, 2/ tout le monde sait qu'elle s'était levée pour allumer la console. Dédicace à tous les robots de France, à tous ces gens qui laissent les jours passés en comptant les minutes, aux horloges émotionnels qui nous habitent. Et merci Jacquie et Michel.

Adult. – hand to phone (cordless mix)
Si tous les modem et routeurs que l’on a utilisé dans nos vies pouvaient témoigner de nos histoires d’amour, ils chanteraient cette chanson en choeur, sur les cd des chansons de noël robotiques. “Wireless christmas”.

Console – 14 zero zero
(Spotify car sur Youtube il n’y a que le remix “club”).
Je pensais sincérement que la pop music ressemblerait à ça en 2013, et j’ai confiance en Bruno Mars pour nous sortir sa version. Le pont et la reprise du synth sur “do you do you do you” a été l’occasion répétée de sauter pied joint dans ma chambre en m’imaginant un hypothétique concert des robots de bercy, sorte de urban peace de la techno d’émotion synthétique, avec toutes les filles dont j’ai été amoureux accrochés au plafond, comme dans les meilleurs bondages, et un esprit vengeur type “Une de tes copines m’a surrement fait souffrir, alors je lâche cette putain de mélodie. Et maintenant tu danses dessus. Ironie de la vie connasse !”, Para One dans le club (All Star remix). Finalement le seul bercy robotique aura été celui des daft, où un gros gars, que je ne connaissais pas, en tee Ed banger m’a dit “oua putain ya busy p et les gens ils captent même pas”. J’ai compris dés lors que la vengeance sur toutes ces rackias à petit sein n’aurait jamais lieu, qu’il fallait surtout tuer “les miens”. Je n’ai pas pu entrer avec une ceinture d’explosif aux 10 ans d’Ed Banger, Abou Zeid pardonne moi.

Towa Tei – CHATR (German version)
Si je me souviens bien le livret de mon cd, CHATR est en fait le sigle d’un logiciel qui synthétise des voix d’enfant juste en tapant un texte voulu. Towa Tei l’utilise ici comme chanteur de bossa nova électronique avec la petite snare jamais de refus. Et ces trompettes victorieuses finales dont je me sens incapable de les savoir synthétique ou réelle tant mon oreille musical n’est qu’un gros coeur d’artichaut sans attache, nourri que par l’aveuglement technoide absolu, ces trompettes je les aime, elles me font marcher plus vite dans la rue. 1998 à cette époque, le label yellow importait ce genre de disque japonais et on aimait tous les pizzicato five (sans savoir pourquoi) et aussi je disais aimer “mighty bop” parce que Bob Sinclar était déjà “too mainstream”.

Alexander Robotnick – Problème d’amour
J’aimerais faire croire que j’ai découvert Robotnick en ayant acheté un obscure vinyl italien white label, dans un emmaüs de banlieue mais ça s’est passé comme tout le monde, sur un cd de Trax entre une itw de miss kittin, the hacker, carretta et toute la bande. Dédicace à tante pony.
Je n’ai compris les paroles que très tard, l’oreille n’étant interessé que par le synthbass un peu dégueu parfait. Au temps de ma découverte, je n’avais aucune idée que l’on pouvait pratiquer l’ironie dans la musique électronique. Je pensais que ce mec là devait être vraiment amoureux comme moi au lycée avec toutes ces filles de la 2nde9 pour faire un refrain mélodieux aussi parfait. “mais l’amour n’a pas de règles / ça reste les mêmes dans les siècles / la nuit je ne ronfle pas / le matin mon haleine n’est pas mauvaise” ce sera mon épitaphe. Pour rester dans la numérologie, ma fille est née un 9.

Kraftwerk – The Robots
Quand mon père me parle de sa carrière à l’armée, c’est rare et comment il recevait les appellés – “des réunionais en short amenant, sans succés, l’été contre l’hiver rude de l’est de la France” et ce qu’il faisait de “ses” sous-off en contrat de 5 ans – “des convoyeurs de fond ou la prison pour avoir cogner sa femme”. J’ai toujours cet air en tête. L’organisation robotique de l’armée, où les bons souvenirs sont dans le grain de sable qui fait péter un peu l’engrenage, le reste n’avait l’air que de l’ennui et de l’attente entre les perms, elle aussi ennuyeuse. We’re charging our battery. And now we’re full of energy. La gestion de l’ennui pour mon daron a été le moteur de sa carrière militaire, je pense. Et David Foster Wallace l’exprime plutôt bien dans le Roi pâle, même si on pourrait croire que c’est plus valeureux d’être militaire plutôt qu’inspecteur des impôts. Je vois les militaires au Mali, comme je les ai vu en Irak, au Tchad, en Côté d’Ivoire, en Afghanistan, en Yougoslavie, et mon père n’a jamais fait tout ça. “Ce sont nos hélicos au Tchad là”, il disait, mais lui n’y était pas, trop vieux, trop blessé, et pas un blessé de guerre, non juste sa voiture plantée dans les travaux aux abords du stade de La Meinau, un soir de perm. Et je me dis c’est une chance. Et il n’y avait pas de drones non plus, ni de militaires robotiques. Il y avait juste la fête de la sainte Barbe et du vin au messe. Quand mon père il entend qu’il y a des PS3 et le choix entre 3 repas, dans les camps. Il devient un peu fou.

Tobiah – I don’t really exist
On compense le manque avec la programmation. La série Code Lisa en est la bible et c’est un truc que ne pourront jamais comprendre les gens d’une formation classique, pilotés depuis le lycée pour faire ce qu’ils font. Moi je me souviens avec ma prof principale, en 2nde, qui me disait “mais tu fais quoi chez toi si tu travailles pas? De l’ordinateur ? tu crois qu’il n’y a pas mieux que de faire de l’ordinateur ?”. C’était en 2000, et il n’y a toujours pas mieux que de faire de l’ordinateur pour me faire manger ma famille et moi. Je ne me serai jamais mis à faire des jeux en flash à 13 ans, si, en ce temps, je savais sincèrement faire du skate, m’habiller, me coiffer et adresser 2 mots à des filles sans essayer de les étrangler dans le dosage hormonal imparfait qu’était ma préadolescence. Avoir une petite amie numérique, n’existant que sur un serveur, le quart d’heure qu’AOL illimité nous laissait, ne propose pas moins d’émotion qu’une vraie, en bas de l’immeuble ou dans sa classe. “I don’t really exist, but dance with me anyway. I’m just a computer program. I am the girl in your dreams. I don’t really exist, but dance with me anyway.”

Add n to x – Plug me in
Ce n’est pas seulement une histoire de masturbation. C’est aussi la comptine d’un petit robot qui n’a des amis et une source de plaisir, de discussions et d’échanges que quand tout le monde a enfin trouvé une source d’énergie “branchée”. Enfin je le vois comme ça.

Darkstar – Aidy’s girl is a computer
« I don’t get it. I am 16 years old, have never done drugs nor have I ever tasted alcohol. And yet I love this music. I find it extremely beautiful to listen to. »
« You HAVE to listen to it when you’re high. If you’re straight you realize that it’s just a lot of random loops and MIDI shit thown in a blender, then placed on a grid in a DAW. I can get drunk and flip my DAW onto the floor with some random VST’s loaded up and create this non sense. »
Qu’un robot pioche des commentaires sur youtube aléatoirement me suffirait pour sauver la littérature. Et la musique électronique.

David Carretta – Automat
Vers la fin du lycée, juste avant les filles et les MMORPG, j’avais produit un mini lp, avec Live 5 et Reason qui tournait en esclave. Et même Rebirth. Il y avait 8 chansons. J’ai le CD chez mes parents, un de mes potes l’a aussi. Je sais pas comment j’ai fait pour produire ce modeste truc et je serai incapable de le refaire. Je me souviens juste que je cherchais par tous les moyens de refaire ce morceau de David Carretta avec les moyens du bord, synth bass sur le VST “orgue” de native instrument, synth aiguë lointain sur l’ARP 2600 de Arturia avec beaucoup de delay et de reverb et une vocale incompréhensible. Mais je n’avais que le micro-casque pour la voix, alors je chantais les titres en live seul dans ma chambre, en espérant me payer une “session studio”. Et aujourd’hui si on me lance un de mes titres genre à une soirée pour se foutre de ma gueule, je prendrai le micro et chanterai, c’est promis. Ça parlait de fil rouge qui nous reliait, et ça partait du folklore japonais et des seins de ma prof d’anglais, dans un anglais yaourt plutôt malin “a red wire beatween eusse, connect mi to you, whène you correc our copy”.

Bonus non-robot, invasion spatiale qui détruit tout et remet les choses à plat.
I-F – Space invaders are smoking grass